Nous avons rencontré ce vendredi 10 juillet 2026, Clémentine Blanc la présidente du Tribunal d’Angoulême ainsi que Benoît Bernard le procureur de la République, suite à l’affaire . Ils nous ont alerté sur la perte de confiance envers l’institution judiciaire et sur le manque de moyens, en particulier sur le département.
Le principal sujet d’alerte concerne les violences sexuelles sur mineurs en Charente.
Avec 860 procédures en cours, contre 1 150 en Gironde pourtant trois fois plus peuplée, les violences sexuelles sur mineurs dans le département ont de quoi interroger. Pourquoi ces chiffres en particulier dans le département ?
Le procureur de la République souligne à ce propos une hausse des signalements, notamment en provenance de l’Éducation nationale. Les auteurs sont de plus en plus jeunes.
Les magistrats s’interrogent sur la capacité de la justice à traiter durablement ce volume d’affaires. La priorité accordée ces dernières années aux violences conjugales, indispensable pour protéger les femmes victimes, a mobilisé une partie des moyens disponibles au détriment des dossiers concernant les violences faites aux enfants. Aujourd’hui les objectifs ont été changés, pour traiter en priorité les violences sexuelles sur mineurs… Mais cela se fait au détriment du reste.
Le problème réside avant tout dans l’insuffisance globale des effectifs.
La Charente : un département sous-doté avec un déficit important de moyens humains
Pour la Charente, environ 16 % des postes de greffiers restent vacants, les effectifs de magistrats n’ont pas augmenté contrairement à d’autres juridictions, et de nombreux magistrats vacataires assurent le fonctionnement du tribunal. Au tribunal judiciaire d’Angoulême, on compte 23,45 greffiers et agents administratifs pour 100 000 habitants contre une médiane en Europe de 57,9 et en France de 37,3. Au bureau d’ordre, là où sont enregistrées les plaintes, il n’y a qu’une greffière sur deux. À l’exécution des peines, il manque deux greffières sur trois.
Ce n’est pas mieux du côté des juges : 6,21 pour 100 000 habitants dans notre département contre une moyenne européenne de 21,9et en France de 11,3. Pour pour le parquet avec 1,98 procureur contre 12,2 dans l’UE et 3,2 en France. Dans les cours d’appel les mieux dotées, il y a 12 magistrats du siège pour 100 000 habitants.
Ainsi en 2025, les sept parquetiers angoumoisins ont ainsi traité 21080 procédures à eux seuls…
Il y a un problème de moyen mais aussi de répartition des moyens. La Charente est laissée pour compte. Elle ne doit plus être considérée comme un département de seconde zone.
Le plan quinquennal de la justice prévoyait la création de postes d’ici 2027 en Charente, mais le département n’en a pas bénéficié.

Les difficultés concernent également les services d’enquête.
Les moyens de la police sont aussi jugés insuffisants par le Procureur de la République et la Présidente du Tribunal, alors que les enquêtes sur les violences sexuelles nécessitent des compétences spécifiques.A titre d’exemples, seuls deux policiers du commissariat d’Angoulême sont actuellement en formation pour l’audition des mineurs. La Charente ne compte par ailleurs que quatre enquêteurs spécialisés en analyse des preuves numériques, pourtant devenues essentielles dans ce type de procédures.
L’accompagnement des victimes constitue aussi un autre enjeu majeur.
Les magistrats soulignent les difficultés rencontrées par l’Aide sociale à l’enfance, le manque de structures de soins dans le département (notamment la pédopsychiatrie cf. notre reportage https://renepilato.fr/2026/06/13/reportage-22-pedopsychiatres-3000-jeunes/ ) – pourtant indispensables pour prévenir la récidive – ainsi que le rôle essentiel de l’association France Victimes 16, elle-même confrontée à des besoins de financement.
Les échanges ont évoqué également les conséquences de la récente circulaire relative à la garde à vue, qui a déjà conduit à l’ouverture de 14 informations judiciaires et 79 gardes à vue en un mois, augmentant encore la charge de travail des juridictions. À cela s’ajoutent les difficultés d’organisation provoquées par les fortes chaleurs, qui ont nécessité une réorganisation du fonctionnement du tribunal avec des salles à plus de 36°C.
Les magistrats appellent enfin à une réponse structurelle
Ils souhaiteraient au moins le respect du plan quinquennal de la justice, le renforcement des effectifs – avec un besoin estimé à 10 à 15 magistrats supplémentaires, ainsi qu’un magistrat supplémentaire au parquet –, davantage de financements pour les services d’enquête, les associations d’aide aux victimes et les structures de soins. Ils rappellent que l’amélioration de la justice passe autant par des moyens humains que par une politique durable de prévention et d’accompagnement des victimes.
Lorsque Macron dit que la justice ne manque pas de moyens, non seulement il ment tout en affaiblissant la Justice et l’État de droit, mais pire encore, il met en danger des potentielles victimes, en particulier des enfants victimes de violences sexuelles.
Les choix budgétaires de Macron en faveur des plus riches conduit à ce résultat et à la destruction des services publics et la souffrance des agents. Il faut que ça cesse.
Anthony Brondel

















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