Santé mentale en Charente: 2,2 pédopsychiatres pour suivre plus de 3000 jeunes!

Nous avons assisté ce jeudi 11 juin à une assemblée générale de professionnels de santé, pour alerter sur l’état de la pédopsychiatrie en Charente. Comme dans tous les services publics, l’état de la pédopsychiatrie est critique. Mais la situation en Charente est particulièrement inquiétante au regard d’autres départements comme la Vienne. Les professionnelles craignent la disparition des services pédopsychiatrie dans le département.

Selon la CGT, plusieurs arrêts maladie liés à l’épuisement professionnel ont réduit les effectifs médicaux à seulement 2,2 équivalents temps plein (ETP) de pédopsychiatres, contre 3,8 ETP auparavant, pour couvrir l’ensemble du département.

Cette équipe réduite doit pourtant assurer le fonctionnement d’un dispositif particulièrement vaste comprenant 9 centres médico-psychologiques (CMP) enfants et adolescents, 4 hôpitaux de jour, une unité d’hospitalisation complète de 10 lits, une unité Winnicott pour les 8-12 ans, une équipe mobile de pédopsychiatrie ainsi que la Maison des adolescents. Au total, plus de 3 000 jeunes patients sont suivis par le CH Camille Claudel avec moins de 4 ETP de pédopsychiatres, alors que le CH Laborit à Poitiers dispose de 19 ETP pour environ 4 000 patients mineurs.

Face à cette pénurie, la direction de l’hôpital Camille Claudel prévoit la création de 3 lits d’urgence pédopsychiatrique destinés à accueillir les situations les plus graves pour une durée limitée de 48 à 72 heures, avant une éventuelle réorientation vers d’autres établissements spécialisés, parfois situés hors du département, notamment à Bordeaux ou Poitiers.

Lors de l’Assemblée générale, les échanges ont confirmé une vive inquiétude autour de la réorganisation de l’unité Mikado, mise en place dans l’urgence face au manque de pédopsychiatres. Présentée comme provisoire, cette organisation suscite de nombreux doutes quant à son caractère réellement temporaire.

La CGT considère que ce projet ne répond pas aux difficultés structurelles du service et s’inquiète des nombreuses incertitudes concernant le redéploiement des personnels. Le syndicat estime que la dégradation des moyens humains met en péril la continuité des soins et pourrait conduire à une véritable crise institutionnelle. Il appelle ainsi les pouvoirs publics et les acteurs de santé à apporter rapidement des solutions durables afin de préserver l’offre de soins en pédopsychiatrie en Charente.

La baisse des effectifs médicaux fragilise l’ensemble du dispositif. Un transfert progressif de responsabilités médicales s’opère vers les infirmiers, éducateurs et autres professionnels paramédicaux. Les professionnels compensent déjà largement les absences de médecins, mais beaucoup estiment avoir atteint leurs limites. Les médecins sont en effet les seuls à pouvoir décider d’une entre ou d’une sortie d’hospitalisation, ainsi qu’à délivrer les ordonnances nécessaires au travail des autres professionnels.

Des interrogations ont également été soulevées concernant la place des psychologues, dont le rôle est jugé indispensable au fonctionnement des structures. Les délais d’attente s’allongent. La réduction des capacités d’accueil risque de reporter les difficultés vers d’autres services déjà saturés.

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