Réne Pilato a été interpellé par le maire de Saint-Médard-en-Jalles sur la gestion des mégafeux en Gironde. Il souligne dans sa réponse la nécessité d’une loi de programmation quinquennale. Il insiste sur une approche systémique pour la prévention, la coordination nationale, la gestion de l’eau, et le renforcement des services de secours.

La lettre de Stéphane Delpeyrat-Vincent, maire de Saint-Médard-en-Jalles:
Mesdames et Messieurs les Députés,Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Je vous écris comme maire de Saint-Médard-en-Jalles, commune située au cœur du massif des Landes de Gascogne. Les incendies de l’été 2026 ont profondément marqué notre territoire. Ils ont surtout révélé une réalité qui dépasse l’émotion de l’instant : nous sommes entrés dans une époque où la protection de nos concitoyens exige d’anticiper des risques devenus structurels. Cette lettre ne revient pas sur une crise. Elle vous propose d’en tirer les conséquences politiques.
Comme beaucoup d’entre vous ayant exercé des responsabilités locales, je sais que toute crise impose des décisions difficiles. Celle-ci est pourtant d’une nature particulière. Il ne s’agit plus de répondre à un événement exceptionnel, mais d’adapter durablement l’action publique à un monde qui change. Pendant plusieurs jours, il a fallu protéger les plus fragiles, préparer des évacuations, garantir la continuité des services publics et maintenir la confiance de la population. Notre commune a finalement été épargnée. Une démocratie ne peut cependant fonder sa sécurité sur la chance.
J’ai vu des sapeurs-pompiers lutter jusqu’à l’épuisement. Deux d’entre eux ont perdu la vie ; plusieurs ont été blessés. J’ai vu les forces de sécurité, les militaires, les agents de l’Office national des forêts, les soignants, les personnels hospitaliers, les agents des collectivités, les bénévoles et les citoyens accomplir leur mission avec un sens remarquable du devoir. J’ai vu aussi l’inquiétude des personnes âgées, des personnes malades, des familles contraintes de quitter leur domicile, et des agriculteurs voyant leur travail menacé. Dans l’épreuve, la fraternité républicaine s’est exprimée avec une force exemplaire.
Cette expérience appelle une conclusion simple : nous ne pouvons plus nous contenter de réparer les conséquences des catastrophes. Nous devons organiser la protection du pays avec la même ambition que nos prédécesseurs ont mise à bâtir l’école de la République, la Sécurité sociale ou la décentralisation. Il ne s’agit pas d’ajouter une politique publique à d’autres ; il s’agit de préserver les conditions qui permettent à toutes les autres de remplir leur mission.
La République s’est toujours renforcée en élargissant le champ de la protection qu’elle garantit. Au XIXᵉ siècle, elle a garanti les libertés. Au XXᵉ siècle, elle a construit l’État social. Le défi du XXIᵉ siècle est de protéger les conditions mêmes qui rendent ces conquêtes possibles : l’eau, les forêts, les sols, la santé, l’agriculture, les infrastructures, les services publics et les territoires. Cette responsabilité est indissociablement écologique, économique, sociale et républicaine.
Le Parlement est l’institution du temps long. Là où les gouvernements répondent à l’urgence, il lui revient de fixer un cap à la Nation. Je vous propose d’engager une loi de programmation pour la protection de la France face aux bouleversements climatiques, fondée sur sept engagements précis :
- sanctuariser les investissements sur quinze ans, par une trajectoire budgétaire votée et non révisable au gré des alternances, pour sortir la protection climatique de la seule loi de finances annuelle ;
- créer un fonds national de résilience territoriale, contractualisé avec chaque collectivité au prorata de son exposition aux risques — incendie, sécheresse, inondation, submersion — pour que les communes les plus vulnérables ne soient pas les plus démunies ;
- doubler, à l’horizon 2030, les moyens de la sécurité civile — SDIS, Office national des forêts, flotte aérienne — et donner un statut pérenne aux personnels saisonniers qui portent une part croissante de l’effort ;
- bâtir une stratégie nationale de l’eau assortie d’objectifs chiffrés de sobriété, de réutilisation et de protection des nappes, déclinés territoire par territoire ;
- rendre obligatoire, avec calendrier et financement dédiés, l’adaptation des établissements recevant du public les plus vulnérables — hôpitaux, écoles, EHPAD ;
- orienter le soutien à l’agriculture et à la forêt vers les pratiques et les essences adaptées au climat de demain, et sanctuariser l’effort de recherche correspondant ;
- —instituer un débat annuel devant le Parlement, chiffres à l’appui, pour évaluer les résultats et corriger la trajectoire si nécessaire.
Les maires ne demandent pas que l’État agisse à leur place. Ils demandent que la République se donne les moyens d’assumer les responsabilités nouvelles que les territoires exercent déjà. Donner de la visibilité, de la stabilité et des moyens à l’action publique est aujourd’hui une condition de la protection nationale.
Je suis convaincu que cette ambition peut rassembler bien au-delà des clivages politiques. Les catastrophes révèlent les fragilités d’un pays ; elles peuvent aussi révéler sa capacité à se réinventer. Faisons en sorte que l’été 2026 demeure le moment où la France a choisi de préparer l’avenir plutôt que de subir les crises. Préparer le temps long est, au fond, la plus haute mission du Parlement.
Je vous prie d’agréer, Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, l’expression de ma haute considération.
Stéphane Delpeyrat-Vincent
Maire de Saint-Médard-en-Jalles
















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