Sécheresse prolongée, baisse constante des débits des rivières en été, perturbation durable du cycle de l’eau… les effets du changement climatique se font déjà sentir et s’accentueront significativement à l’horizon 2050.

Les conflits d’usage dans les territoires, en particulier dans le grand Sud-Ouest, risquent de s’aggraver. Sur le bassin hydrographique Adour-Garonne, ces évolutions pourraient exacerber les conflits d’usage et menacer les équilibres entre besoins et ressources.
Ce mercredi 25 juin, le Haut commissariat à la stratégie et au plan présentait son rapport « L’eau : de graves tensions sur les écosystèmes et les usages à l’horizon 2050 ». Celui-ci confronte les évolutions prospectives de la demande aux évolutions potentielles de la ressource en eau.
Le Sud-Ouest : territoire en première ligne
Le Sud-Ouest de la France est l’un des territoires les plus exposés aux tensions sur la ressource en eau. Ce constat est partagé par plusieurs experts intervenus lors de la conférence. « On va manquer d’un litre sur deux si on ne fait rien. »
Helène Arambourou (adjointe au directeur du département Développement Durable et Numérique au Haut Commissariat à la Stratégie et au Plan) a rappelé que la demande en eau et les consommations sont en augmentation, entraînant une baisse des débits des cours d’eau. Cette tendance accentue les conflits d’usage.
Trois scénarios ont été évoqués (cf. cartes):
- Le scénario tendanciel (poursuite des dynamiques actuelles),
- Un scénario avec mise en œuvre des politiques publiques actuelles (notamment les mesures gouvernementales),
- Un scénario de rupture, porté notamment par l’ADEME, visant la sobriété et des transformations structurelles.
Dans le scénario de rupture, il ne s’agirait pas de réduire l’activité agricole, mais de la transformer. Cela passerait par une relocalisation (notamment fruits et légumes), une baisse de la consommation d’énergie – donc de la consommation d’eau – une sobriété renforcée dans le secteur résidentiel (passage de 130 à 50 litres par jour par habitant), la réutilisation et le recyclage de l’eau dans les bâtiments.
Dans les régions du Sud et de l’Ouest de la France, l’irrigation agricole est fortement dépendante des conditions climatiques, ce qui laisse présager une augmentation de la demande. De plus, certains territoires, notamment les zones irriguées, sont déjà soumis à une pression chronique sur les écosystèmes. D’autres secteurs, comme le refroidissement des centrales nucléaires (notamment dans la vallée du Rhône), sont également concernés. Face à cette situation, des changements radicaux sont nécessaires.










Les enjeux en terme de politique publique
Claire Magand, hydrologue à l’Office français de la biodiversité (OFB), a insisté sur le fait que les pressions ne se limitent pas aux prélèvements. Les activités humaines, comme l’imperméabilisation des sols, jouent un rôle important. L’augmentation des températures de l’eau a des conséquences directes sur la faune aquatique, notamment les poissons, et sur l’oxygénation des milieux. Cela interroge aussi le rôle des stations d’épuration et la qualité des rejets.
Elle a également souligné que les milieux naturels n’évoluent pas de manière homogène sur l’ensemble du territoire. Il est donc illusoire de tirer des conclusions nationales uniformes. Les leviers de restauration des cours d’eau et des zones humides sont essentiels. Une distinction importante doit être faite entre prélèvements et consommations effectives, avec un enjeu fort autour du tourisme et de l’agriculture.
Julien Héninque, directeur du cycle de l’eau à Toulouse Métropole, a évoqué l’augmentation des phénomènes de ruissellement et les difficultés d’approvisionnement en eau potable, liées à la Garonne. Il a présenté plusieurs mesures d’adaptation mises en place à Toulouse, notamment le plan « Toulouse plus fraîche » (plantations, îlots de fraîcheur) et le Plan Eau voté en 2024. Celui-ci vise une réduction de 10 % des consommations d’ici 2030. Une tarification saisonnière de l’eau a été instaurée : +42 % entre le 1er juin et le 31 octobre, permettant une économie d’eau estimée entre 1 et 2 %. Une stratégie de dé-perméabilisation est également en cours.
À Toulouse, l’objectif est de planter 100 000 arbres (75 000 l’étaient au moment de la conférence). Bien qu’ils consomment de l’eau durant leurs premières années, ils contribuent ensuite à capter l’humidité et à produire de la biomasse. L’objectif est d’accélérer leur maturation pour qu’ils deviennent rapidement efficaces sur le plan climatique et hydrologique.
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La France Insoumise défend notamment dans les politiques urbaines :
– Instaurer une tarification progressive et différenciée selon les usages
– Mettre en place un système d’alerte rapide pour les usagers concernant une consommation excessive d’eau liée à des fuites potentielles avant que la facture ne devienne impossible à payer
– Installer des récupérateurs des eaux de pluies pour le nettoyage des rues, l’arrosage des plantations municipales et des jardins collectifs, alimenter les toilettes des bâtiments publics…
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Le cas particulier de l’agriculture
Lionel Alletto, directeur de recherche à l’INRAE, s’est concentré sur l’agriculture dans le Sud-Ouest, où 11 % des surfaces sont irriguées. Les systèmes agricoles devront s’adapter au changement climatique. 90 % de la consommation d’eau utilisée lors de l’irrigation est perdue par évapotranspiration. Certaines cultures, comme le maïs ou la production de semences, sont particulièrement consommatrices. À cela s’ajoute la variabilité accrue des pluies et l’imperméabilisation des sols, ce qui pose la question d’une meilleure infiltration, y compris en milieu agricole. Les filières sont déjà fragilisées ; il devient donc indispensable de diversifier les systèmes agricoles, afin de limiter les impacts des fluctuations de production.
Il a également insisté sur les grands leviers à mobiliser : une agroécologisation des territoires, une plus grande sobriété des usages, l’amélioration de l’efficience des systèmes, des filières économiquement viables pour les agriculteurs, et une action renforcée sur les sols.
La question du dessalement a également été évoquée, avec un exemple au Maroc, où l’eau de mer est dessalée à l’aide d’éoliennes offshore. Toutefois, cette solution pose des enjeux énergétiques, notamment en termes de coût de l’eau pour les agriculteurs et de rejets de saumure. Elle ne peut être envisagée qu’en complémentarité avec d’autres solutions et ne constitue pas une solution structurelle. L’enjeux est donc bien une politique de la sobriété.
Conclusion
Cette conférence a souligné avec force l’ampleur des défis à venir en matière de gestion de l’eau, en particulier dans le Sud-Ouest. L’augmentation de la demande, la baisse des débits naturels, le changement climatique, l’imperméabilisation des sols et la pression sur les écosystèmes nécessitent une réponse rapide et systémique.
Trois axes majeurs ressortent :
- La sobriété des usages dans tous les secteurs,
- La transformation profonde des modèles agricoles et urbains,
- L’adaptation des infrastructures, appuyée sur la connaissance fine des territoires.
Face à un risque avéré de pénurie, des solutions existent. Mais elles nécessitent une volonté politique forte, une planification écologique qui passe nécessairement par une coopération intersectorielle et un engagement collectif pour repenser notre rapport à l’eau.
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Cette conférence confirme les constats que nous faisons à la France Insoumise sur l’urgence d’agir au plus vite afin d’engager la bifurcation écologique pour anticiper les effets du changement climatique.
Les propositions de la France Insoumise
Livret thématique de la France Insoumise : l’eau notre bien commun
https://programme.lafranceinsoumise.fr/livrets/eau-bien-commun/
Mettre en œuvre la règle verte par la planification écologique
https://programme.lafranceinsoumise.fr/plans/regle-verte/
Anthony Brondel
















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