Islam en Charente et en France: les débats des assises territoriales.

Ce jeudi 19 juin Anthony Brondel s’est rendu à la préfecture d’Angoulême, pour la 5ème session des assises territoriales de l’Islam de France. Quatre tables rondes étaient proposées (1 – l’éducation de la jeunesse, 2- la place des femmes, 3- la formations et recrutement et rémunérations des imams 4- la structuration du culte musulman). On peut s’étonner du choix des deux premières tables, en lien avec les problèmes sociaux, qui couvrent des réalités globales et qui ne sont pas en lien direct et exclusif avec l’Islam.

On compte environs 850 fidèles en Charente, qui pratiquent leur religion dans 6 lieux de culte répartis inégalement sur le territoire départemental : Deux à Angoulême, deux à Soyaux, un à Barbezieux et un à Cognac.


Le dernier forum prévoyait plusieurs axes : la sécurisation des lieux de cultes, le droit et gestion des associations de cultes, la question de la professionnalisation des imams, l’organisation des aumôneries, les questions de ressource et financement et la structuration territoriale et inter associative. S’en est suivi la création de trois instances : 3 instances : la CNAM (Le Conseil national des aumôneries musulmanes), l’ADDAM (Association de défense contre les discriminations et actes antimusulmans) et le CENTRE 157 (qui facilite les relations entre les associations).

En Charente, contrairement à certains départements, il n’existe pas encore d’instance départementale du culte musulman.


1- Première table ronde : l’éducation de la jeunesse 


Plusieurs intervenants ont abordé les défis liés à l’intégration, à la transmission des valeurs républicaines et à la place des jeunes dans la société.

Christophe Monteiro a souligné les difficultés rencontrées par les jeunes pour trouver leur place dans un contexte de stigmatisation. Il a insisté sur l’importance de valoriser la culture du monde arabe et a mentionné des initiatives culturelles, notamment un débat avec une philosophe autour des questions de l’amour et de l’homosexualité. Il a également annoncé un événement prévu le 14 juillet dans le quartier de Ma campagne.

José Coutinho, chargé de mission pour le second degré, a rappelé le rôle central de l’école dans la construction d’un récit commun. Il a évoqué les outils mis à disposition des enseignants, notamment un Vademecum de 60 pages sur la laïcité, et a précisé qu’aucune manifestation de signes religieux ostentatoires n’avait été signalée cette année. Un seul cas isolé de port du foulard a été rapporté l’année dernière, qui était lié à une incompréhension lors d’une cérémonie et qui n’a pas fait l’objet d’un conflit.

Eran Ozsin, président de la mosquée turque de Soyaux, a présenté les actions de son association (CMG), qui regroupe environ 120 familles dans la Charente. Il a décrit des activités organisées pour les jeunes, tout en soulignant l’absence de formations structurées. Il a également alerté sur la présence de jeunes dès l’âge de 14 ans sur les ronds-points de Soyaux.

Les échanges avec la salle ont montré un vif intérêt pour les questions liées aux cérémonies et à la nécessité de développer des formations pour favoriser la transmission des valeurs de la République.

2nde table des ronde : la place des femmes

Lors de la deuxième table ronde consacrée à la place des femmes, les intervenants ont mis en lumière les multiples freins à l’égalité entre les femmes et les hommes, notamment dans l’espace public et l’accès aux droits.

Nathalie Hugonnenc, déléguée départementale aux droits des femmes et à l’égalité (DDFE), a souligné que les inégalités persistent, en particulier dans l’accès à l’emploi, souvent liées à la parentalité ou au harcèlement de rue, comme aux abords de la gare ou au Champ de Mars. Elle a insisté sur l’importance de l’éducation à l’égalité et sur le rôle central des structures locales telles que le Centre d’information des femmes et des familles (CIDFF), le Planning familial ou encore l’association « Au Fil des Femmes ». Elle a également évoqué la difficulté d’accès à l’information et aux droits, notamment dans les situations d’emprise. Le dialogue reste selon elle un levier essentiel, et le CIDFF est qualifié pour accompagner juridiquement les victimes de discriminations.

Elle recommande la lecture du rapport de France Travail sur les stéréotypes.

Btissame Merzouki, directrice des solidarités à la mairie de Soyaux, a partagé les résultats d’une marche exploratoire de femmes menée sur le terrain pour lutter contre les préjugés. Elle a observé un décalage entre les valeurs républicaines transmises et le quotidien vécu, en particulier pour les personnes étrangères. Elle a souligné le rôle actif du centre social local, mentionné l’existence d’un rallye inter-religieux, et insisté sur l’enjeu crucial de la maîtrise du français (FLE), qui devrait être travaillé en amont, avant même l’arrivée en France.

Safiatou Barry, habitante du quartier « Ma Campagne » et engagée au sein du CAJ (Centre d’Animation Jeunesse), a rappelé que de nombreuses femmes ignorent leurs droits, notamment lorsqu’elles ne maitrisent pas bien le français.

Un constat a été partagé par l’ensemble de la table : à l’adolescence, les jeunes filles disparaissent de l’espace public et des centres sociaux, phénomène également relevé par le préfet. Cette situation pose directement la question de l’aménagement urbain et de son accessibilité pour les femmes. Alors que les femmes se déplacent, les hommes, eux, occupent et stagnent dans l’espace public, révélant un déséquilibre profond dans l’appropriation de la ville.


3éme table ronde : formations et recrutement et rémunérations des imams

Lors de la troisième table ronde consacrée aux questions de formation, de recrutement et de rémunération imams, les représentants des trois grandes religions ont partagé leurs modèles respectifs, les défis rencontrés, et les évolutions récentes.

Gérard Benguigui, président de l’Association des Juifs d’Angoulême, a expliqué que les difficultés liées au financement des rabbins ont été surmontées. La formation rabbinique est structurée : elle se déroule à Paris sur cinq années, à l’issue desquelles un diplôme permet l’exercice. Ce parcours est validé par un diplôme d’État. Il a précisé que le courant consistorial perdure, même s’il ignore si le nombre de rabbins est suffisant. Les rabbins sont rémunérés sur la base du volontariat et grâce aux contributions des fidèles. Il a rappelé que le judaïsme s’inscrit pleinement dans le cadre législatif du pays, citant la prière pour la République comme un symbole d’attachement aux institutions républicaines.

Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême, a dressé un état des lieux du diocèse : 440 églises pour une cinquantaine de prêtres en Charente, dont la moitié viennent désormais de l’étranger, en raison d’une forte baisse des vocations locales. Les prêtres reçoivent une formation de six ans dans l’un des dix séminaires en France. Leur rémunération est modeste : 983 euros par mois, avec logement et véhicule fournis, pris en charge par la communauté chrétienne. L’Église bénéficie aussi de dons et de legs pour financer ses activités, et emploie environ 30 salariés (équivalent à 20 ETP).

Kader Bouaza, représentant de l’Association culturelle musulmane d’Angoulême, a rappelé que des mesures ont été prises depuis août 2023 pour favoriser le recrutement local des imams. Auparavant, l’absence de cadre clair permettait une certaine dérive, avec l’intervention de personnes venues de l’étranger sans formation adéquate. Aujourd’hui, les imams sont rémunérés grâce aux dons des fidèles et recrutés sur place (environ 10 euros par personne et par mois), mais cette formule reste précaire. Le coût élevé de la formation constitue un obstacle majeur. Des bénévoles complètent encore largement l’activité des lieux de culte, mais la question du financement pérenne reste centrale.

En résumé, cette table ronde a mis en évidence des modèles très différents mais confrontés à des enjeux communs : la structuration des formations, la professionnalisation des prêcheurs, et la nécessité d’un financement stable et transparent.

Un homme s'adressant à un public lors de la 5ème session des assises territoriales de l'Islam de France, avec un écran affichant le titre de l'événement en arrière-plan.



4ème table ronde : La structuration du culte musulman


Lors de la quatrième et dernière table ronde consacrée à la structuration du culte musulman, les participants ont dressé un constat concernant la situation en Charente, où les tentatives de structuration sont jugées insuffisantes ou inabouties.

Kader Bouazza, représentant de l’Association culturelle musulmane d’Angoulême, a rappelé que les prêches sont aujourd’hui dispensés en arabe et en français, et a exprimé sa volonté de transmettre la responsabilité à une nouvelle génération. Il a plaidé pour la création d’un Conseil départemental du culte musulman (CDCM), afin d’offrir un cadre de coordination local, aujourd’hui inexistant. Il a précisé qu’il n’existe que six mosquées dans le département : deux à Angoulême (dont un projet à Ma Campagne), deux à Soyaux (l’une turque, l’autre affiliée à Al-Fath), ainsi qu’à Barbezieux et à Cognac. L’objectif affiché est de structurer cette instance d’ici la fin de l’année.

Lahcen Bouhoudi, de l’Association culturelle Noor à Barbezieux, a indiqué que sa communauté ne dispose pas d’imam, soulignant un vide criant en matière d’encadrement religieux.

Ahmed Bouhoudi, président de la communauté musulmane de Cognac, présent mais ayant choisi de ne pas intervenir, a également été mentionné comme dirigeant une mosquée sans imam.

Le bilan général de cette table ronde est sans appel : la structuration du culte musulman reste faible en Charente, avec peu de lieux de culte, des communautés souvent dépourvues d’imam, et un besoin urgent de coordination à l’échelle départementale. L’enjeu principal reste la mise en place d’un cadre clair et représentatif pour accompagner l’éducation religieuse. difficultés se situe dans les obstacles administratifs pour remplir cette mission.

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