Mission d’information sur l’IA: effervescence, questions et inquiétudes.

De nombreuses discussions émergent avec l’arrivée de l’intelligence artificielle (IA), autant d’effervescence, de questions que d’inquiétudes. Tandis qu’une mission d’information a lieu à l’Assemblée nationale dont René Pilato est membre et chef de file pour la France insoumise.

La mission s’attache aux effets de l’intelligence artificielle sur l’activité et la compétitivité des entreprises françaises. En résumé, comment ne pas faire rater le virage de l’IA à nos entreprises françaises.

On nous présente celle-ci comme bouleversant notre monde à grande vitesse. Les intervenants se divisent néanmoins entre ceux comme les logisticiens du transport, la Confédération des petites et moyennes entreprises avançant un gain de productivité allant jusqu’à 30% et d’autres dont le retour sur investissement ne serait toujours pas quantifiable à ce jour.

La bonne nouvelle est que la France compte 780 starts up travaillant sur l’IA dont des licornes telles Exotec, Preligens qui a été mis à l’abri par Safran. Notre pays ferait mieux que l’Allemagne. Mais notre chaine de valeur est profondément déstructurée. Ainsi une des organisations professionnelles françaises du secteur du numérique, Numéum, indique que 80% des acteurs des entreprises regroupées dans son syndicat sont américaines. Les Etats-Unis dominent ainsi les parts de marché, l’innovation, les infrastructures.

Toutefois, le directeur de l’École normale supérieur avance que la France a encore une réelle carte à jouer dans la recherche fondamentale.

Première fake news que nous pouvons nous atteler à démonter ici : les pertes d’emplois consécutives à l’utilisation de l’IA ne serait pas aussi conséquentes qu’on a pu le dire par ailleurs.

L’Organisation internationale du Travail le dit aussi : 30% des postes pourraient être confrontés à une transformation profonde de l’emploi mais pas leur destruction.

Même son de cloche de la part de l’Union nationale des professions libérales (UNAPL), qui s’était pourtant particulièrement alarmée, et du côté des constructeurs automobiles.

Autre surprise : alors qu’on lit un peu partout dans les médias que les juristes feraient partie des professions menacées, l’Association française des juristes d’entreprises nous rapporte qu’elle ne dénombre, pour l’heure, pas de licenciement lié à l’IA. Cette triste réalité demeure pourtant pour les traducteurs et dans le secteur du doublage de son.

Pour la très grande majorité des acteurs, il est trop tôt pour évaluer les effets de l’IA générative en termes d’emplois.

Lorsque l’on parle de transformation : l’IA soulagerait les employés dans leurs tâches rébarbatives comme celles afférentes à la saisie/collecte de données, l’archivage… Un bon point donc pour réduire la pénibilité du travail.

Pour France Travail, le nouvel outil d’intelligence artificielle nommé « Néo », connecté aux données des demandeurs d’emploi, faciliterait même l’inclusion et la recherche des demandeurs tout en « libérant le temps des conseillers, afin de les recentrer sur l’humain. ».

Une personne malentendante a ainsi été embauchée alors qu’elle ne l’aurait sans doute pas été avec les logiciels classiques.

Autre bonne nouvelle : Selon Pierre Ramain, maître des requêtes au Conseil d’État et directeur général du travail, l’IA serait très efficace à prévenir les accidents du travail notamment pour stopper rapidement les machines-outils automatisées. Quant à sa fiabilité et à sa large application dans le diagnostic médical par l’analyse de données et d’images, elles sont déjà avérées.

On note une passe d’armes assez cocasse entre Photoroom et le président du Club informatique des grandes entreprises françaises (CIGREF) lequel soutient que les sociétés françaises vont sur le cloud américain pour des questions de prix ; le manque de puissance de calcul du cloud français ne saurait être la justification réelle puisque suffisante pour la quasi-totalité de toutes les activités économiques présentes sur le territoire français. Information intéressante alors que les clouds français sont souvent dévalorisés par rapport à ceux d’outre-Atlantique.

Enfin, une question des rapporteurs à l’égard des sites de market place dans l’habillement semble hors-sol : l’IA représente-t-elle un atout pour la transition écologique ? Alors que la production même de la fast-fashion est au centre d’une problématique majeure tant dans le gaspillage des ressources (forte consommation en eau) qu’en termes de pollutions tous azimuts au stade de la production (utilisation de nettoyants, de chlore, de teintures extrêmement nocifs) qu’au stade du déchets par le déversement sur les plages africaines de vêtements parfois n’ayant même pas été porté une fois.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que l’IA est très gourmande en data centers nécessitant de grandes surfaces de terrain, souvent bétonnées, ce qui artificialise les sols et contribue à la perte de biodiversité. Ils sont aussi de très grands consommateurs d’eau pour refroidir leurs installations (des millions de litres par jour) accentuant le stress hydrique dans certaines régions. Les serveurs sont également faits de matériaux rares et polluants (métaux, plastiques, circuits imprimés). Leur fabrication, transport, et mise au rebut posent des problèmes de pollution et d’extraction minière destructrice. A ce titre, une priorité énoncée par le secteur revient fréquemment lors de ces auditions : la nécessité de centres de données souverains donc nationaux. On serait aussi tenté de conditionner les aides du crédit impôt recherche à l’utilisation pour les entreprises de cloud français.

Or, il est préconisé de construire des data centers dans des zones froides pour limiter le refroidissement actif (comme en Scandinavie) et d’utiliser des énergies 100 % renouvelables (éolien, solaire, hydraulique) alors que les applications liées au numérique avec l’IA vont exploser.

La verdisation de notre énergie n’est pourtant pas pour demain : sur la proposition de loi portant programmation nationale de l’énergie et arrivant dans l’hémicycle cette semaine, la commission saisie par l’Assemblée nationale a voté pour un objectif global de décarbonation (dont fait partie le nucléaire) vers le haut sans adopter d’objectif à atteindre pour les énergies renouvelables.

La France insoumise restera soucieuse d’une IA non-écocide, accessible à tous, transparente, en proposant la création d’un pôle public du numérique et de l’intelligence artificielle afin qu’elle ne soit pas accaparée par les géants du numérique. Ce pôle pourrait aussi garantir formation et reconversion pour les personnes en perte d’emploi. Tout en s’opposant fermement à une IA déshumanisante, à la surveillance algorithmique, à l’accaparement des données via les modèles d’entraînement sachant aussi que l’IA permet l’explosion de la publicité personnalisée avec tous les risques qu’elle comporte pour les données personnelles.

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