Discours à la tribune pendant la discussion générale sur le texte de l’aide à mourir, examiné en dernière lecture à l’Assemblée nationale. Un texte humaniste et laïque, fruit de nombreux débats et porteur d’un équilibre entre autodétermination de la personne et défense des droits des patients dans ces moments d’extrême vulnérabilité.
Madame la Présidente, Madame la Ministre
Monsieur le rapporteur général
Mesdames et messieurs les rapporteurs
Chers collèguesCe texte sur la fin de vie, examiné trois fois en commission et deux fois en séance,
avec cinq fois les mêmes objections des mêmes opposants, cinq fois que nous entendons les mêmes arguments, qui prennent bien soin d’occulter les critères requis, cinq fois les mêmes amendements d’entrave, copiés collés des centaines de fois, défendus à l’identique des centaines de fois et rejetés avec patience mais lassitude des centaines de fois…Collègues, savez-vous pourquoi cela devient indécent de le faire une sixième fois avec près de 2000 amendements ? Non ? Parce que pendant que nous délibérons,
des femmes et des hommes agonisent dans des souffrances que rien n’apaise.Au même titre que le droit à l’IVG, le droit à l’aide à mourir n’oblige personne. Le patient est condamnée, il sait qu’elle va mourir, l’équipe soignante le sait également mais rien ne peut soulager ses souffrances insupportables.
La question qui nous occupe n’est plus seulement médicale, et comme dans notre république laïque, elle ne peut pas être religieuse, elle devient alors philosophique et éminemment politique, car il en va de la dignité humaine.
À qui appartient un corps condamné qui souffre ? À la conscience qui l’anime,
ou à celles et ceux qui prétendent décider à sa place ? Voilà l’enjeu.Affirmer que la loi répond à toutes les situations est faux et nous le savons. La loi Claeys-Leonetti de 2016 permet la sédation profonde et continue jusqu’au décès.
Concrètement, pour les personnes atteintes d’une maladie grave et incurable en phase terminale, l’alimentation et l’hydratation sont stoppées. La mort de faim et de soif survient alors, et c’est bien cet acte qui précipite le décès.Ce dispositif laisse au bord du chemin des patients qui ne sont pas en phase terminale, mais dont les souffrances réfractaires elle, sont bien présentes.
Pensez à cette personne atteinte d’un cancer, que les doses maximales de médicament ne soignent plus ou avec des effets secondaires qui tournent au cauchemar.
Pensez à cette autre, frappée par la maladie de Charcot, pleinement lucide, enfermée dans un corps qui l’étouffe jour après jour. Charles Biétry, atteint de cette maladie a déclaré : » J’en veux aux députés et aux sénateurs, pas tous, qui n’ont pas fait le job. «
Pour lui comme d’autres, le corps est devenu une prison qui torture à chaque heure. Et le dernier acte de liberté qui reste, parfois le seul, c’est de pouvoir éteindre la lumière. Pouvoir, mes chers collègues, ce n’est pas devoir. Pouvoir ! Ce texte, je le rappelle, n’obligera quiconque à quoi que ce soit.
Celles et ceux qui en ont les moyens s’exilent pour mourir, afin d’obtenir ce qui est interdit en France. Collègues, si seuls les plus aisés peuvent choisir d’abréger leur agonie, alors c’est notre pacte républicain qui est atteint.
Pour bénéficier du droit à l’aide à mourir, il ne suffit pas de le souhaiter. 5 critères sont exigés, pas un parmi cinq, mais bien les cinq en même temps : l’age
la nationalité la volonté libre et éclairée le pronostic vital engagé en phase avancée ou terminale. Mais par dessus tout, la souffrance réfractaire aux traitements.Ce dernier critère, au cœur du dispositif, les opposants à ce texte l’occultent.
Pourquoi ?Quand tous ces critères sont réunis, TOUS ! , quelles sont les personnes prêtes à imposer et prolonger une atroce agonie ? Les mêmes qui passent sous silence ces conditions, les mêmes qui laissent croire qu’elles n’existent pas ensemble.
Sur un sujet aussi important, induire les gens en erreur par des propos volontairement incomplets est indigne. Le mensonge par omission volontaire ne devrait pas faire partie du registre de pensée d’un parlementaire. Pour le groupe La France Insoumise, la seule question qui vaille est : à qui appartient le corps d’un être humain ? Pour nous la réponse est claire : à la conscience qui l’anime.
Chacune et chacun doit pouvoir en disposer jusqu’à la dernière seconde. Et c’est précisément ce que permet ce texte.Ce texte n’oblige personne à mourir, n’oblige personne à agir contre sa conscience
et n’oblige personne à renier ses croyances. Aucune morale,
aucun jugement divin, aucun précepte, ne permet à quiconque de s’approprier par la loi le corps des autres, en les empêchant d’être libres, consentants et aidés.Cette loi est une loi d’humanisme et de laïcité, Ne reculons pas, et donnons à toutes et tous, l’ultime maîtrise sur sa propre existence.
Je vous remercie.
















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