Bilan 2025 et perspectives 2026 de l’économie charentaise

Nous avons participé à la présentation des projections macroéconomiques internationales, européennes et nationales organisée par la Chambre du Commerce et de l’Industrie de Charente et la banque de France. Voici leur analyse.

L’année 2025 s’inscrit dans un contexte de bouleversements économiques, géopolitiques et technologiques majeurs. Malgré un environnement international instable, l’économie européenne, avec pour objectif central la stabilité financière et le maintien de l’inflation sous le seuil des 2%. Les perspectives pour 2026 restent toutefois fragiles, tant les incertitudes pèsent sur l’activité et l’emploi.

Un environnement mondial profondément déstabilisé

L’économie mondiale a été marquée en 2025 par un choc commercial majeur, notamment avec la hausse des droits de douane décidée par les États-Unis. Cette politique a affaibli le commerce international et provoqué, en avril 2025, une tension financière significative : hausse des taux d’intérêt, baisse du dollar et volatilité accrue des marchés.

À ces tensions s’ajoutent des ruptures technologiques rapides, notamment autour des crypto-actifs. Le développement du bitcoin et de monnaies non régulées pose un risque de privatisation de la monnaie et de marginalisation de l’euro, dans un contexte où l’indépendance des banques centrales est de plus en plus critiquée. Or, cette indépendance reste un pilier essentiel de la stabilité des prix et de la crédibilité monétaire.

Les bouleversements géopolitiques accentuent ces fragilités : logique « America First », conflits armés persistants, remise en cause du multilatéralisme, montée des cyber-menaces et transformation accélérée des économies sous l’effet de l’intelligence artificielle.

Une croissance mondiale contrastée

En 2025, la croissance mondiale atteint 3,3%, mais les dynamiques régionales sont très contrastées :

  • États-Unis : croissance de 2%, mais ralentissement de l’emploi et hausse du chômage. L’inflation demeure élevée et les marchés boursiers présentent des risques accrus.
  • Chine : croissance de 4,8%, soutenue par une reprise de la consommation intérieure et une hausse des exportations, largement appuyées par une politique de subventions, dans l’automobile, le textile, les machines-outils et les cosmétiques.
  • Japon : croissance modérée à 1,1%. Le secteur des services représente 70% des emplois, avec de forts investissements dans l’IA, la cybersécurité et les semi-conducteurs. Le budget de défense atteint 665 milliards d’euros.
  • Inde : forte croissance à 6,6%. En 2026, elle devrait devenir la 4ᵉ puissance mondiale. Toutefois, le chômage des diplômés reste très élevé et la monnaie est sous pression. Des accords de libre-échange ont été signés avec l’Union européenne et les États-Unis, en contrepartie notamment de l’arrêt des achats de pétrole russe.
  • Afrique du Sud : croissance limitée à 1,1%, insuffisante pour créer des emplois et financer les infrastructures, malgré un fort potentiel agricole et une population jeune.

Zone euro et France : un essoufflement marqué

La zone euro affiche une croissance de 1,4% en 2025. L’Allemagne et la France sont en perte de vitesse.
L’Allemagne, qui représente 24% du PIB de la zone euro, sort tout juste d’une période de récession. Son économie reste portée par une industrie haut de gamme (automobile, chimie), mais se réoriente fortement vers les investissements militaires. Son tissu dense de PME, soutenu par l’apprentissage, demeure un atout majeur.

En France, la croissance atteint 0,9% fin 2025, avec une inflation contenue à 0,9%. La consommation des ménages reste faible. Le déficit public dépasse 5% du PIB et la dette atteint environ 120%, contre 137% en Italie, 97% au Portugal et 125% aux États-Unis.

La Charente face à une dégradation durable du marché du travail

La situation est particulièrement préoccupante en Charente, où le marché du travail se dégrade depuis 2023.
En 2025, l’emploi recule de 2%, avec une baisse de –0,6% au troisième trimestre, marquant le neuvième trimestre consécutif de recul. Le département figure parmi les plus touchés de Nouvelle-Aquitaine.

Le taux de chômage atteint 7,8% en Charente, et dépasse 8% dans le bassin d’Angoulême, un niveau supérieur à la moyenne nationale.

Entreprises et secteurs d’activité en Nouvelle-Aquitaine

Industrie
En 2025, l’emploi industriel recule de 1,5% et le chiffre d’affaires de 1,9%. Tous les secteurs sont en difficulté, à l’exception notable de la chimie et de la pharmacie, qui ont continué à recruter. Les projections pour 2026 sont néanmoins plus positives.

Services
Le secteur des services progresse légèrement en 2025, porté par le numérique et l’intelligence artificielle. Pour 2026, la tendance devrait se stabiliser, mais les investissements sont en baisse, notamment dans la restauration.

Construction
Le secteur reste globalement stable, mais les investissements reculent en 2025 et devraient continuer à baisser en 2026. Les travaux publics sont en net repli. L’emploi est stable et légèrement en baisse, avec un cependant recul marqué dans le gros œuvre.

Artisanat
Entre 2023 et 2025, la Charente compte 100 entreprises artisanales en moins. En 2025, 1 110 créations ont été enregistrées, dont 84% en entreprise individuelle et 76% en micro-entreprise.
De plus, 72% des artisans se déclarent fragiles, en particulier dans le secteur du bâtiment, où la baisse des carnets de commandes reflète directement le recul de la consommation.

Confiance des entreprises: un signal d’alerte

La confiance des dirigeants est extrêmement faible :

  • 13% seulement déclarent avoir confiance dans l’économie nationale.
  • 71% se disent confiants dans la situation de leur propre entreprise, un chiffre en baisse.

Les principales difficultés identifiées sont tout d’abord, le niveau bas de la consommation et de la demande, notamment dans l’industrie et les TPE,

Seul signal légèrement positif : une très légère hausse de la fréquentation piétonne à Angoulême, insuffisante toutefois pour inverser la tendance.

2026 : stabilité fragile et nécessité de visibilité

Les perspectives pour 2026 reposent sur une stabilité fragile. Si certains secteurs laissent entrevoir un rebond, notamment dans l’industrie, l’absence de visibilité, la faiblesse de la demande (liée notamment à la baisse du pouvoir d’achat et à la baisse de la commande publique) et la dégradation du marché du travail constituent des freins majeurs.

Anthony Brondel

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