Venezuela: une agression impérialiste inacceptable

L’agression militaire des États-Unis contre le Venezuela est une violation grave du droit international, relevant d’une stratégie impérialiste assumée visant le contrôle politique et les ressources du pays. Face à la passivité française et européenne, il faut exiger la libération de Nicolás Maduro, une condamnation claire de cette attaque et la convocation du Conseil de sécurité de l’ONU

Une agression caractérisée contre le droit international

L’opération militaire menée par les États-Unis contre le Venezuela, ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro et de son épouse, constitue une violation manifeste de la Charte des Nations unies et du principe de non-recours à la force. Aucun État ne peut légalement enlever le chef d’un État souverain. Cette attaque s’inscrit dans un impérialisme désormais totalement désinhibé des États-Unis de Donald Trump, qui ne s’embarrassent même plus des habituels discours pro-démocratie pour justifier leurs interventions.

Un prétexte judiciaire mensonger et instrumentalisé

Le narcotrafic, invoqué par Trump pour justifier cette opération, ne sert désormais qu’à présenter l’enlèvement de Nicolás Maduro devant le Congrès états-unien comme une prétendue « opération de police » et non comme un acte de guerre. Le Venezuela est pourtant très loin d’être un acteur central de l’importation de drogues vers les États-Unis.

L’intervention est vivement critiquée aux Etats-Unis pour son caractère despotique. Certains observateurs estiment que l’intervention aurait supposé un vote du congrès américain, qui n’a pas eu lieu.

Les charges retenues contre Nicolás Maduro, présenté devant un tribunal de New York le 5 janvier dernier, reposent sur des éléments fragiles, largement contestés et peu sérieux. Ce procédé est bien connu : les États-Unis utilisent régulièrement l’accusation de narcotrafic pour neutraliser des dirigeants étrangers. L’exemple du président du Honduras poursuivi pour narcotrafic puis gracié par Trump en raison de son alignement idéologique à l’extrême droite, en est une illustration flagrante.

L’opération militaire a également lieu dans le contexte de conflit géopolitique États-Unis/Chine. Pékin entretenait un partenariat stratégique avec le Venezuela. Le représentant spécial chinois pour l’Amérique latine était d’ailleurs présent quelques heures avant l’attaque pour de nouvelles discussion à Caracas, en vue de renforcer ce partenariat. La Chine et le Venezuela avait signé un accord cet été.

Une stratégie impérialiste assumée et planifiée

Cette agression s’inscrit dans une escalade progressive visant à tester les réactions occidentales et à préparer l’opinion publique états-unienne — pourtant réputée hostile aux interventions extérieures — à un changement de régime au Venezuela.

La stratégie est clairement énoncée dans la Stratégie de sécurité nationale des États-Unis publiée en décembre, qui annonce la volonté de « réaffirmer et appliquer la doctrine Monroe afin de rétablir la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental ». Les objectifs sont désormais explicitement assumés :

  • prendre le contrôle politique du Venezuela ;
  • s’emparer de ses ressources pétrolières.(Rappelons que le Venezuela constitue la première réserve de pétrole mondiale)

Trump assume et ne cherche plus à masquer son impérialisme derrière la démocratie ou la liberté.

Menace sur d’autres pays du continent américain

Fort de l’absence de réaction internationale, Trump multiplie les provocations et les menaces :

  • il a explicitement menacé le président colombien Gustavo Petro, l’accusant d’être un « baron de la drogue » et laissant entendre qu’une intervention militaire contre la Colombie « lui paraissait bien »
  • il a réitéré ses menaces d’annexion du Groenland, affirmant que les États-Unis en avaient « besoin pour leur sécurité nationale » et que le Danemark ne serait « pas capable de s’en occuper ».
  • il a annoncé que les États-Unis allaient commencer des « frappes au sol » contre les cartels au Mexique (qui défend depuis la victoire de la gauche une diplomatie indépendante et non-alignée sur Washington)

Cette stratégie impérialiste s’accompagne d’une volonté assumée d’ingérence politique en Europe, afin d’y favoriser les forces d’extrême droite, présentées comme des « partis patriotiques européens ». Voire de menacer des juges français dans le procès de Madame Le Pen.

Il est important de prendre en compte la nouvelle stratégie des États-Unis qui considère que les pays d’Europe ne sont plus des alliés comme le montre les visées des États-Unis sur la partie de l’Europe occidentale que constitue le Groenland.

La défaillance française et européenne

Face à cette agression, la réaction des Européens est d’une faiblesse accablante. L’absence de condamnation claire des bombardements de navires — pourtant qualifiés « d’inacceptables » par le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Volker Türk — a conforté Donald Trump dans sa certitude qu’une attaque contre le Venezuela ne provoquerait aucune réaction sérieuse.

Emmanuel Macron lui a donné raison. Son message du 3 janvier ne mentionne même pas l’attaque américaine ni la violation du droit international, se contentant de saluer la chute de Nicolás Maduro et d’appeler à une « transition pacifique ». Un message si complaisant que Trump s’est empressé de le retwetter sur le réseau X.

Au niveau européen, Ursula von der Leyen a simplement évoqué le soutien à une « transition démocratique », sans condamner l’agression. Certains dirigeants proches de Trump, comme Giorgia Meloni, sont allés jusqu’à qualifier l’attaque de « légitime », la rebaptisant « intervention défensive ».

Le délitement du droit international : un danger aussi pour l’Europe

Ce piétinement inédit du droit international ouvre la voie à la généralisation de la loi du plus fort, dont les conséquences sont incommensurables. Cette invasion met en cause la paix dans toute la région et dans le monde.

Seul Jean-Noël Barrot a timidement rappelé, en dissonance avec le président Macron, que l’opération contrevenait au principe de non-recours à la force et que sa répétition par des membres permanents du Conseil de sécurité aurait « de lourdes conséquences sur la sécurité du monde ».

Pourtant, la politique internationale d’Emmanuel Macron va à l’exact opposé de ce constat : complicité dans le génocide à Gaza, aval donné aux guerres d’Israël et des États-Unis, soutien implicite à l’agression contre le Venezuela. Ce faisant, ce sont tous les mécanismes du droit international — imparfaits mais indispensables — qui sont affaiblis.

Cette servilité n’épargne pas l’Europe. Les États-Unis multiplient le chantage et les représailles :

  • accord commercial déséquilibré UE–États-Unis imposant des droits de douane de 15 % aux produits européens ;
  • sanctions contre des citoyens européens, dont Thierry Breton, après l’amende infligée à X pour violation du DSA ;
  • sanctions contre des juges de la CPI (dont le français Nicolas Guillou)  et contre la rapporteure spéciale de l’ONU Francesca Albanese, sans réaction européenne.

Une alternative existe : défendre le droit international

À l’inverse de la position française et européenne, plusieurs États d’Amérique latine ont condamné fermement cette agression : la Colombie, le Brésil, le Mexique, le Chili, l’Uruguay, ainsi que l’Espagne. Ce front démontre qu’un rapport de force est possible face à l’impérialisme américain.

La position de la France insoumise :

La France insoumise a dénoncé l’attaque dès le 3 janvier lors du rassemblement place de la République. Les États-Unis renouent avec leur tradition de coups d’État, de guerres et d’ingérences qui ont ravagé l’Amérique latine au siècle dernier.

Nous exigeons :

  • la libération immédiate de Nicolás Maduro et de son épouse ;
  • une condamnation claire et sans ambiguïté de l’agression ;
  • la convocation du Conseil de sécurité de l’ONU.

Cette position a été caricaturée comme un soutien au régime vénézuélien. C’est un mensonge.

Comme l’a rappelé Jean-Luc Mélenchon : « Il n’y a pas de bon empire ni de bonnes invasions. Aucun prétexte n’autorise une nation à envahir son voisin. »

La servilité ne protège pas : elle étend la domination du plus fort. Le rassemblement et la prise de parole de Jean-Luc Mélenchon, qui ont dépassé les 7 millions de vues, montrent qu’une parole claire, fondée sur le droit international et la paix, rencontre un écho profond.

Anthony Brondel

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