Ce vendredi 14 février, députés et Sénateurs des Charentes étaient invités à rencontrer les membres du Comité permanent du BNIC pour un échange crucial sur l’avenir de la filière Cognac.
Accueillis autour d’un café, nous ont été présentés les défis majeurs qui pèsent sur ce secteur emblématique, notamment les tensions commerciales internationales et les solutions envisagées pour y faire face.
L’état des marchés a été au cœur des discussions. Si la filière a connu une croissance moyenne de 3 % par an sur 15 ans, elle subit aujourd’hui un ralentissement brutal. Contrairement à d’autres secteurs, le cognac avait bénéficié d’une hausse des ventes durant la pandémie de COVID-19, mais la guerre en Ukraine et la crise énergétique qui a suivi ont bouleversé cette dynamique. La hausse du coût de l’énergie et des matières premières a freiné la consommation, tandis que les exportations ont chuté.
L’inquiétude est montée d’un cran en janvier 2024 avec l’ouverture d’une enquête anti-dumping par la Chine, menaçant le deuxième marché d’exportation du cognac. La filière appelle à une intervention politique forte pour obtenir la levée des taxes chinoises, mais, malgré des promesses, le déplacement du Premier ministre en Chine pour engager des négociations n’a toujours pas été confirmé.
Parallèlement, une autre menace plane sur le principal marché du cognac, les États-Unis, qui représentent près de 50 % des expéditions. L’Union européenne doit décider avant le 31 mars si elle rétablit les taxes sur le whisky et le bourbon américains en réponse à un différend commercial sur l’acier et l’aluminium. Une telle décision entraînerait probablement une riposte américaine, avec un impact direct sur le cognac. La filière réclame donc que la France intervienne auprès de l’UE pour retirer le bourbon de cette liste et éviter une nouvelle crise.
Pour faire face à ces difficultés, un plan d’adaptation du vignoble est en préparation. Un dispositif d’arrachage temporaire volontaire a été proposé, permettant une régulation du marché sans financement public. La modification du cahier des charges du Cognac pour intégrer ce mécanisme a été validée par l’INAO le 6 février 2025, et sa mise en œuvre est prévue rapidement.
L’impact de cette crise dépasse largement les producteurs et négociants. Toute une économie régionale est en jeu : verrerie, emballage, imprimerie d’étiquettes, matériel agricole, pépiniéristes, tonneliers et emplois saisonniers sont directement concernés. La filière demande donc un accompagnement spécifique pour préserver cet écosystème vital pour la région.


Malgré ces difficultés, des pistes sont explorées pour diversifier les débouchés. L’Inde pourrait devenir un marché stratégique, tandis que le marché français, qui ne représente que 2 % des ventes, mérite d’être mieux exploité. Plus largement, la filière rappelle que son dynamisme est directement lié à la fluidité du commerce international. Après 11 ans de croissance, les crises récentes ont anéanti ces progrès en seulement deux ans. Si de nouvelles taxes venaient à s’ajouter, l’impact serait catastrophique.
En parallèle des enjeux économiques, la rencontre a été l’occasion de découvrir «Imagine Cognac», une association dédiée à la transition environnementale et énergétique de la filière. Son objectif est de rassembler viticulteurs, négociants, scientifiques, collectivités et entreprises pour encourager la recherche et l’innovation.
L’association travaille sur plusieurs axes prioritaires : réduction des pesticides, adaptation au changement climatique, économies d’énergie, préservation des ressources naturelles et valorisation des sous-produits viticoles. Avec le soutien du Conseil Scientifique et Technique du BNIC, Imagine Cognac espère développer des solutions concrètes et accessibles à tous, afin d’assurer la pérennité de la filière tout en répondant aux enjeux environnementaux.
Cette réunion a mis en lumière une filière en pleine tempête, soumise à de lourdes incertitudes commerciales et économiques. Mais elle a aussi montré la capacité d’adaptation et la volonté des acteurs du cognac de se mobiliser, tant sur les aspects économiques que sur la transition écologique. La balle est désormais dans le camp des décideurs politiques et diplomatiques, dont les prochaines actions seront déterminantes pour l’avenir de ce secteur stratégique et de nos emplois en Charente.
Aude Marchand

















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