Philippe Seguin, Bernard Chillet et Samir Maimouni nous ont fait visiter les sites d’Envie Charente et Envie 2E à L’Isle d’Espagnac, deux entités du réseau Envie, réseau d’associations du réemploi solidaire en France. Ce réseau, né en 1984 à Strasbourg, compte 53 entreprises d’insertion et 3800 salariés.

Cette visite nous a permis de découvrir de l’intérieur le fonctionnement de ces structures d’insertion à but non lucratif, mais aussi de recueillir les témoignages des responsables et salariés sur les difficultés majeures que traverse actuellement leur filière, en particulier dans le cadre de la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) et de la perte d’un appel d’offres national qui menace leur existence.
Deux structures locales à l’activité complémentaire
Envie Charente et Envie 2E sont deux entités complémentaires.
- Envie 2E, coopérative d’insertion, assure principalement la collecte et le tri des déchets électroniques ainsi que ceux du bâtiment (en partenariat avec l’éco-organisme Valobat). Elle est aussi impliquée dans des opérations complexes de démantèlement et de tri de déchets industriels et d’archives d’entreprises.
- Envie Charente, de son côté, gère un magasin de réemploi où sont remis en vente les appareils reconditionnés, garantis deux ans après une remise à neuf complète.
L’accompagnement des salariés en parcours d’insertion est un pilier de leur action. En 2024, 200 personnes ont été orientées vers une insertion professionnelle dans les structures du Poitou-Charentes. L’activité a aussi évolué du fait des bouleversements économiques et écologiques que connaît notre société : la réparation des appareils apportés par les clients représente aujourd’hui 50 % de leur activité, contre 12 % en 2022, grâce notamment au bonus réparation QualiRépar,





La REP : un système perverti par le jeu des intérêts privés
Au cœur des préoccupations exprimées sur place, la filière REP et son fonctionnement opaque. Si le principe de la REP repose sur l’idée que les producteurs doivent assumer la gestion de leurs produits en fin de vie, les éco-organismes censés mettre en œuvre ce principe sont de fait souvent dirigés par ces mêmes industriels.
Ainsi, certains groupes d’électroménager siègent au conseil d’administration des éco-organismes : ils sont à la fois producteurs, financeurs et décideurs, orientant les appels d’offres vers des opérateurs industriels à but lucratif, souvent au détriment du secteur solidaire. Ce double rôle soulève une grave question de conflit d’intérêts, accentuée par l’absence de régulation effective de l’État (à travers l’ADEME).
Les responsables de site insistent sur le fait que l’éco-participation, pourtant financée par les consommateurs, ne permet pas de couvrir les coûts réels de la collecte, du tri et de la réparation. Et de fait, les éco-organismes sont incités à tirer les prix vers le bas pour rester attractifs sur le marché concurrentiel auprès des producteurs.
Une mise à l’écart brutale du réseau Envie
La décision d’ecosystem, principal éco-organisme pour les DEEE (Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques), de ne pas renouveler les lots attribués au réseau Envie dans l’Ouest de la France (Rennes, Nantes, Angers, Niort, Mulhouse), détenus parfois depuis plus de 20 ans, met près de 1 000 emplois en danger, dont de nombreux postes d’insertion.
Résultat : des structures sont en train de fermer dans ces villes, laissant derrière elles un savoir-faire et toute une organisation logistique du réemploi.
Face à ce désengagement brutal, le réseau Envie a porté l’affaire en justice, contestant le non-respect de la loi AGEC et des critères environnementaux et sociaux des marchés REP.
Face à cette situation, plusieurs députés du Nouveau Front Populaire ont interpellé la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher. Dans un courrier et une question au gouvernement, ils soulignent le rôle crucial du réseau Envie pour l’inclusion et la transition écologique.
Dans son intervention à l’Assemblée Nationale, la ministre Agnès Pannier-Runacher s’est retranchée derrière la nature privée de l’appel d’offres, tout en promettant un travail interministériel pour construire une feuille de route pour le réemploi. Une réponse jugée insuffisante par les acteurs associatifs, qui réclament une révision en profondeur de la gouvernance des éco-organismes et un véritable pilotage public de la filière REP.
Le groupe La France insoumise – NFP propose dans son programme :
- Créer un service public de la réparation et du réemploi, avec la mise en place de formations pour certains métiers (notamment électricité, électronique, bâtiment, textile)
- Rendre obligatoire l’écoconception des produits afin de limiter l’utilisation de ressources non renouvelables et ouvrir des formations obligatoires dédiées au low-tech et à l’écoconception dans toutes les écoles publiques d’ingénieurs et de design
- Mettre les éco-organismes au service de l’intérêt général en réduisant et contrôlant le poids des industriels dans les éco-organismes et en faisant évoluer leur cahier des charges pour aller dans le sens de la prévention des déchets, du réemploi, du compostage, de la réutilisation
Une activité locale innovante
Au-delà de la boutique d’électro-ménagers reconditionnés, Envie organise localement des ateliers de formation à la réparation, s’est doté de solutions d’auto-consommation énergétique (panneaux solaires, récupération d’eau de pluie pour le nettoyage des pièces) et développe sa communication à l’égard des habitants afin d’être connu par un plus grand nombre d’entre eux. La structure a également embauché une employée à temps plein pour accompagner les salariés en insertion dans leurs démarches administratives et lever les freins à leur retour à l’emploi (comme la mobilité par exemple).
L’association s’inscrit également dans un projet national, permis par la législation depuis 5 ans, Envie Autonomie, qui reconditionne du matériel médical, mais peine à se déployer en Charente faute de financements, alors même que les besoins sont criants. En effet, l’association a découvert des besoins dans les EHPAD qui n’ont pas le temps et les personnels pour effectuer un diagnostic et une réparation régulière de leur matériel (comme c’est le cas par exemple pour les lève-personnes). Nous savons par ailleurs à quel point les prix sont élevés pour les fauteuils pour les personnes à mobilité réduite.
La structure est cependant freiné dans son développement par les quotas de postes en insertion fixés par l’Etat dans le département.
Aude Marchand















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