Réponse du député: Pénurie de professeurs et inaction du Gouvernement.

René Pilato a été interpelé sur le manque de professeurs dans l’enseignement supérieur en Nouvelle Aquitaine. Explications peu convincantes du gouvernement sur les origines du problèmes, solutions proposées par LFI-NUPES, retrouvez dans la réponse du député tous les tenants et aboutissants de cette question critique pour l’avenir du pays.

Voici la réponse complète du député:

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les parents d’élèves,

Je vous remercie pour l’alerte que vous me faites parvenir. Je partage l’inquiétude des parents d’élèves au sujet du manque de professeurs dans l’enseignement en Nouvelle-Aquitaine. La crise du recrutement a des effets sur la perte de continuité de l’enseignement pour les élèves depuis plusieurs années, et ce, malgré la succession de réformes des Ministres de l’Éducation. 

L’été 2022 avait été marqué par un pic de 4000 postes non pourvus aux concours. Le 3 août, les députés LFI-NUPES  alertaient et déposaient une proposition de loi visant à répondre à l’urgence autant qu’à apporter des solutions de long terme : listes complémentaires et concours complémentaires, titularisation et formation des contractuels, plan de pré-recrutement, revalorisation du point d’indice. Lors de la rentrée 2023, il manquait déjà des professeurs dans 48% des collèges et lycées de France, sans que le Gouvernement de Gabriel Attal ne porte une attention particulière au sujet, trop occupé sur une polémique avec la police du vêtement.

Cette année, au 5 septembre, selon l’estimation réalisée par le syndicat SNES-FSU, 56% des établissements français recherchaient au moins un professeur. C’était alors 70% des établissements en Dordogne. Déjà en mars de cette année nous lancions l’alerte : la tribune publiée dans Libération et signée par nombre de députés insoumis soulevait que plusieurs milliers de postes d’enseignants étaient menacés à l’horizon de la rentrée, entraînant des fermetures de classes, des absences de remplacements et favorisant le choix de l’école privée par les familles.

Le Budget 2025 présenté par le Gouvernement Barnier, que vous mentionnez, représente une cure d’austérité insupportable pour le pays. En octobre, la Présidente du groupe parlementaire de La France Insoumise, Mathilde Panot, a rejeté cette logique visant à faire peser sur l’ensemble des Françaises et des Français et sur des services publics essentiels le redressement du déficit public : concernant la motion de censure : « tous ceux qui ne la voteront pas seront de facto d’accord avec la suppression de 4000 postes d’enseignants, 150 euros en moins pour les retraités ou l’explosion des prix de l’électricité ». 

Le gouvernement justifie cette réduction de postes d’enseignants par la démographie. Comme l’avancent les syndicats, non seulement la démographie n’est prise en compte que lorsqu’elle permet des suppressions de postes mais l’argument en soi ne présente aucune valeur pédagogique : au lieu de supprimer des postes d’enseignants, cette baisse démographique pourrait être l’opportunité de réduire le nombre d’élèves par classe. « Nous pouvons baisser les effectifs de l’Éducation nationale tout en améliorant le taux d’encadrement dans les classes, dès lors que l’on regarde la réalité démographique » a osé déclarer le Ministre du Budget lors de la présentation du texte.

Cet argument m’avait déjà été avancé lorsque j’avais demandé des explications au DASEN de la Charente suite à la fermeture d’écoles rurales en mars 2024. Malgré la fronde des syndicats d’enseignants, des parents d’élèves et de certains élus, plusieurs classes et même des écoles ont à nouveau fermé dans le département à la rentrée 2024.

Le 29 octobre 2024, la commission des finances de l’Assemblée nationale a examiné les crédits de la mission « Enseignement scolaire » du projet de loi de finances du gouvernement qui prévoyait la suppression de 4.000 postes d’enseignement pour l’année à venir.  

Au cours de celle-ci, avec mon groupe parlementaire et la coalition du Nouveau Front Populaire, nous avons obtenu un grand nombre de victoires. Nos propositions d’amendements ont permis de débloquer un budget de 7,11 milliards d’euros pour l’école, démontrant qu’un autre budget est possible. Parmi ces amendements que j’ai cosignés, nous avons rétabli les 4.000 postes d’enseignants qui étaient menacés, obtenu la titularisation des contractuels, la création d’un corps de fonctionnaires AESH, la gratuité intégrale de la scolarité dont la cantine scolaire, les fournitures et le transports et l’augmentation des fonds sociaux. 

Deux autres amendements déposés par mon groupe parlementaire nous ont permis de nous prononcer sur la réforme du « choc des savoirs », qui a été imposée sans aucun vote ni débat. Le premier amendement module le financement public des établissements privés sous contrat en fonction de leur contribution à la ségrégation socio-scolaire et le second supprime la mise en place des groupes de niveaux au collège. Leur adoption démontre la volonté majoritaire des parlementaires de refonder notre système de financement public des établissements privés en le conditionnant à des objectifs de mixité socio-scolaire. 

Malheureusement, ces amendements n’ont pas pu être examinés en séance du fait de l’usage de l’article 47-1 de la Constitution. En effet, celui-ci prévoit que « Si l’Assemblée nationale ne s’est pas prononcée en première lecture dans le délai de vingt jours après le dépôt d’un projet, le Gouvernement saisit le Sénat qui doit statuer dans un délai de quinze jours ». Ayant déposé un grand nombre d’amendements, les députés macronistes ont ainsi participé à ce que l’Assemblée Nationale n’ait pu examiner la partie dépenses du Budget 2025. De ce fait, le texte du budget a été transmis au Sénat dans sa version initiale.

Comment expliquer que les économies que l’État a besoin de faire, suite au dérapage budgétaire dont est responsable le Président de la République, pèsent sur les dépenses les plus importantes pour le pays, au lieu et place d’une taxation des très hauts revenus, des profits des très grandes entreprises et des transactions financières ? 

Nous nous continuerons de nous opposer fermement à cette destruction de l’école publique, qui participe pourtant à former les citoyennes et citoyens de demain.

Veuillez recevoir, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les parents d’élèves, mes respectueuses salutations,

René Pilato,

Député de Charente

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