Cette semaine, le cabinet du député a rencontré l’équipe de l’épicerie sociale du Nil, un acteur clé de la lutte contre la précarité étudiante en Charente, géré par Magélis et la SCCUC (association Services et Culture des Campus Universitaires de la Charente).
Qu’est-ce qu’une épicerie sociale et comment fonctionne-t-elle? Quelles en sont les conditions d’accès? Comment se situe la précarité étudiante en Charente et en France? Quels moyens sont mis à disposition des jeunes pour vivre dignement leurs années d’études et de formation? Faisons le point.
Si vous suivez l’actualité, vous avez probablement vu des images de files de jeunes devant les banques alimentaires, soulignant l’ampleur croissante de la précarité étudiante dans les médias ces dernières années.
Cette impression est bien fondée. Bien que l’image de l’étudiant vivant avec le strict minimum ne soit pas nouvelle, la situation s’aggrave réellement depuis quelques années, accentuée par la crise du COVID et l’inflation qui a suivi. Les dernières études et chiffres publiés par les associations en 2023 soulignent le caractère alarmant de l’insécurité alimentaire des jeunes en France :
- Un étudiant sur deux limite, voire renonce, à des achats de nourriture dans le mois (contre une personne sur quatre dans l’ensemble de la population).
- Les bénéficiaires des Restos du Cœur sont 22% de plus cette année, soit 160 000 personnes, dont la moitié a moins de 25 ans.
- Linkee, première association d’aide alimentaire aux étudiants en France, a enregistré une hausse de fréquentation de ses distributions de 100 à 150%.
En réaction à cette précarité, les associations s’organisent et les initiatives se multiplient. En France, plus de 1000 lieux revendiquent l’appellation d’épiceries sociales et solidaires, dont une douzaine en Charente. C’est le cas du lieu visité cette semaine, situé dans le bâtiment du Nil à Angoulême.
Il est important de noter qu’il s’agit d’une épicerie sociale et non solidaire. Bien que la distinction ne soit pas strictement définie, elle se distingue par des conditions d’accès plus strictes et des sources d’approvisionnement spécifiques. Les étudiants doivent constituer un dossier auprès du service social de l’université, et la banque alimentaire fournit 80% des produits alimentaires et de première nécessité. Une particularité supplémentaire de cette épicerie est la préparation des bols de nourriture par les bénévoles à partir de la nourriture non consommée du lycée Marguerite de Valois.





Avec des cagettes à 29 centimes le kilo et des bols vendus à 50 centimes pièce, l’association permet à 180 étudiants (sur les 5000 que compte la Charente) d’avoir accès à un droit fondamental : celui de se nourrir et d’avoir accès aux produits de première nécessité.
Cependant, en discutant avec l’équipe de l’épicerie, on découvre rapidement les limites de ce système : ces structures sont fragiles et trop peu d’étudiants y ont accès. Pourquoi? Explications.
La fragilité de ces initiatives essentielles pour les étudiants les plus précaires réside dans leur financement. Elles manquent de bénévoles pour se développer et ne peuvent envisager l’avenir sans aides publiques. Leur existence est remise en cause à chaque nouvel appel à projet, à chaque demande de subvention et à chaque renouvellement des élus locaux. Les collectivités doivent sécuriser les subventions et les moyens logistiques des associations pour pérenniser leur travail.
Trop peu d’étudiants ont accès à ces structures, bien que le besoin soit criant. Pourquoi? Non pas parce qu’il y a un manque d’aides pour les étudiants en général (logement, santé, nourriture, produits hygiéniques), mais parce que les jeunes sont mal informés et hésitent à entreprendre des démarches complexes pour obtenir les aides auxquelles ils ont droit. Il est impératif de repenser l’accessibilité aux aides pour les étudiants, de les rendre automatiques et de les revaloriser. Les structures comme l’épicerie du Nil devraient être accessibles à tous les étudiants boursiers sans nécessiter de dossier auprès de l’université. Dans le programme de la France Insoumise, une allocation de 1063 euros serait versée à chaque étudiant, une mesure qui sortirait immédiatement la jeunesse de la précarité.
C’est l’occasion de rappeler aux étudiants la disponibilité du CROUS pour les renseigner sur toutes les aides existantes. Si vous avez un doute, contactez votre CROUS et prenez rendez-vous pour demander les aides qui vous sont dues.
Une dernière problématique révélée par cette visite concerne la qualité des produits reçus par les banques alimentaires. Près de 70% des produits distribués sont de qualité D à E, avec une sur-représentation des protéines animales et des acides gras. Trop souvent, les produits reçus sont à la limite du consommable, avec des dates de péremption tombant le jour même. En 2018, 20% des collectes des grandes surfaces étaient jetées. Pourquoi? En raison de la loi Garot, adoptée en 2016 pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Les supermarchés bénéficient d’avantages fiscaux et d’une baisse de la taxe de traitement des déchets grâce à leurs dons, transformant le don aux associations caritatives en une arme de défiscalisation pour les grands distributeurs.
Plusieurs solutions sont envisagées pour résoudre cet effet pervers de la loi Garot. Dans la niche LFI du 30 novembre prochain, une proposition de Manuel Bompard concerne l’encadrement des marges de l’agroalimentaire. L’espoir est d’y intégrer une mesure mettant fin à la défiscalisation des dons de surplus à la banque alimentaire, afin de trouver d’autres incitations ou obligations pour que les dons aux associations soient non seulement quantitatifs mais aussi qualitatifs.
En conclusion, voici les liens vers les sources de cet article. Si possible, soutenez les associations en donnant un peu de votre temps ou de votre argent pour permettre aux étudiants et aux plus démunis de vivre dignement.
Article de Libé: Précarité étudiante : “les constats sont alarmants”
Article Basta.media : Distribuer de la mal-bouffe aux pauvres tout en défiscalisant : les dérives de l’aide alimentaire.
Article Reporterre : « Une affaire d’argent » : les dérives de l’aide alimentaire
Article de 20 minutes: Restos du Cœur : La précarité touche de plus en plus les jeunes
Article Le Figaro étudiant: Jeunes et précaires, les étudiants sont toujours plus nombreux à recourir à une aide alimentaire
Solidarité.gouv.fr : Étude qualitative portant sur les épiceries sociales et solidaires
Les plans de l’avenir en commun : Comment nous allons permettre à chacun de subvenir à ses besoins essentiels.

















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