Relèvement du ticket modérateur: les dentistes charentais alertent

Le décret du 21 août 2026 augmente le ticket modérateur des soins dentaires à 50%, suscitant des préoccupations sur l’accès aux soins pour les patients défavorisés. Cela pourrait aggraver les problèmes de santé bucco-dentaire et accentuer les inégalités.

Nous avons rencontrés le vendredi 4 septembre M. Édouard Dusseau, président de la CDF 16, syndicat des chirurgiens-dentistes de France, afin d’échanger notamment sur les conséquences du décret du 21 août 2026 relatif à la prise en charge des soins dentaires.

Au cœur de notre échange : un décret gouvernemental en plein été, qui relève le ticket modérateur et le risque d’un accroissement du renoncement aux soins, alors que la santé bucco-dentaire constitue un enjeu majeur de prévention et de santé publique.

Traditionnellement, le ticket modérateur applicable aux soins dentaires était de l’ordre de 40 %. Le nouveau décret gouvernemental prévoit désormais une prise en charge moins importante par l’Assurance maladie, avec un ticket modérateur porté à 50 %, voire susceptible d’évoluer davantage à l’avenir.

Pour Édouard Dusseau, cette évolution est particulièrement préoccupante car elle intervient sans véritable concertation avec la profession, celle-ci ayant été informée à la fin du mois de juillet.

Cette diminution de la prise en charge risque surtout de peser sur les patients qui disposent de moins de moyens : jeunes, étudiants, artisans, retraités ou personnes ne bénéficiant pas d’une complémentaire santé suffisante. Pour ces publics, une augmentation du reste à charge peut conduire à reporter, voire à abandonner, certains soins.

En trois ans, l’Assurance maladie se sera ainsi désengagée de vingt points sur les soins dentaires courants. À la France Insoumise, nous refusons que la santé publique devienne une variable d’ajustement budgétaire.

L’entretien a également permis de rappeler que les soins dentaires ne relèvent pas uniquement du confort ou de l’esthétique.

Une mauvaise santé bucco-dentaire et une hygiène insuffisante peuvent être associées à de nombreuses problématiques ou complications en matière de santé. La prévention et l’accès aux soins courants constituent donc un enjeu de santé publique à part entière.

C’est précisément ce qui rend le sujet du remboursement particulièrement sensible : si les soins préventifs et conservateurs sont davantage laissés à la charge des patients, le risque est de voir se développer des pathologies qui auraient pu être évitées ou prises en charge précocement.

La question dépasse donc largement celle du seul financement des actes dentaires : elle touche à notre conception même de la prévention en matière de santé.

Une « fausse économie » ?

Pour Édouard Dusseau, le transfert d’une partie des remboursements de l’Assurance maladie vers les complémentaires santé ne constitue pas nécessairement une véritable économie pour notre système de santé.

Il souligne notamment la différence entre les coûts de gestion des différents acteurs : selon les éléments évoqués lors de notre échange, les frais de gestion sont plus élevés pour les complémentaires santé (entre 20 et 25 % ) que pour l’Assurance maladie (4 %).

Le risque est alors de déplacer la dépense plutôt que de la réduire : moins de prise en charge par la Sécurité sociale, davantage de cotisations pour les complémentaires et, au bout de la chaîne, un reste à charge plus important pour ceux qui sont insuffisamment couverts.

Autre inquiétude : l’augmentation du coût des complémentaires pourrait conduire certains assurés à renoncer à leur mutuelle, précisément au moment où celle-ci deviendrait davantage indispensable pour accéder aux soins.

Nous avons également abordé la démographie de la profession. Environ 2 600 chirurgiens-dentistes seraient aujourd’hui inscrits chaque année, avec une part importante de diplômés à l’étranger.

Cette évolution pose également la question de la formation. Édouard Dusseau insiste notamment sur l’importance de la formation clinique pratique, qui peut différer selon les cursus européens.

L’enjeu est double : répondre aux besoins croissants de la population tout en garantissant un niveau de formation et de qualité des soins homogène.

La profession dentaire a connu une intégration relativement tardive dans le système de remboursement de la Sécurité sociale. Édouard Dusseau souligne que cette organisation française est assez particulière en Europe. Dans les autres pays les frais dentaires font généralement l’objet d’un remboursement moindre. Seule l’Espagne fait figure d’exception pour les enfants. Certains dispositifs permettent une prise en charge gratuite des soins dentaires pour les enfants jusqu’à 16 ans.

Derrière la réforme actuelle se pose donc une question de fond : voulons-nous progressivement nous diriger vers un système assurantiel à l’américaine? C’est vers ce modèle que tend le projet des macronistes, avec les inégalités d’accès aux soins. Ou Souhaitons-nous préserver et même renforcer notre modèle de la sécurité sociale ? Là où la France Insoumise défend le 100 % sécu, l’intégration des mutuelles à la sécu et le remboursement intégral des frais de santé.

La profession dentaire a tiré les enseignements des dérives observées dans certains centres dentaires à bas coût. Certaines entreprises soit disant low cost ont ainsi facturé à la sécurité sociale des soins qui n’avaient pas été réalisés sur leurs patients.

La prise en charge à 100 % que nous défendons à la France Insoumise, facilitera l’accès aux soins, mais elle doit nécessairement s’accompagner de mécanismes de contrôle efficaces pour lutter contre les potentielles dérives et détournements, contre des pratiques abusives qui malheureusement existent déja. L’une des pistes évoquées serait que le patient pourrait lui-même être davantage associé aux dispositifs de traçabilité des soins, afin de s’assurer que les déclarations ne viennent pas seulement du professionnel de santé.

Anthony Brondel

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