Premier bilan de l’expérimentation sur la RN 10 dans l’Agglomération

Les services de l’État ont présenté un premier retour d’étape ce vendredi 3 juillet, sur l’expérimentation de la réduction des vitesses sur les 12 kilomètres de la rocade d’Angoulême. Depuis le 17 novembre 2025, la vitesse est limitée à 90 km/h pour les véhicules légers (contre 110 auparavant) et à 70 km/h pour les poids lourds, pour une durée d’un an. L’objectif est d’évaluer les effets de cette mesure sur trois critères : l’accidentologie, la qualité de l’air et les nuisances sonores.

Les premiers résultats montrent une baisse des vitesses pratiquées, même si les limitations restent encore largement insuffisamment respectées dans les deux sens de circulation, en particulier pour les Poids lourds. L’accidentologie demeure stable, avec entre 50 et 60 accidents par an pour un trafic quotidien de 25 000 à 30 000 véhicules, tandis que les interventions des secours ont diminué de 14 %. Les distances de sécurité restent cependant très souvent ignorées. Les verbalisations ont quant à elles augmentées.

Le contrôle des infractions a été renforcé depuis 2022. Deux radars automatiques sont installés à La Couronne et Saint-Yrieix, même si celui de Saint-Yrieix a été dégradé à deux reprises. Les forces de l’ordre disposent de deux unités motocyclistes, malgré un départ en retraite, et ont mené 38 opérations ciblées sur les poids lourds ainsi que 6 contrôles routiers classiques.

Au total, 116 verbalisations ont été dressées, principalement contre des poids lourds : 49 pour dépassement interdit et 30 pour excès de vitesse. Les contrôles restent toutefois limités, notamment dans le sens sud-nord où aucun emplacement ne permet d’intercepter les camions. Contrôler un poids lourd mobilise entre 30 et 40 minutes.

Sur le plan environnemental, les concentrations de NO₂, PM10 et PM2,5 restent sous les seuils réglementaires. Concernant le bruit, les mesures réalisées sur six points montrent une baisse comprise entre 1 et 1,5 décibel, une diminution trop faible pour être perceptible par l’oreille humaine, qui distingue généralement un écart d’au moins 3 décibels. Il a également été rappelé que le bruit provient principalement du contact entre les pneus et la chaussée.

Plusieurs élus ont souligné le manque d’écrans antibruit à proximité des habitations. La DREAL poursuit le traitement des « points noirs du bruit » et des aides à l’isolation des façades existent.

La commune de Roullet n’a pas souhaité participer à l’expérimentation.

Les élus présents se sont prononcés en faveur de la poursuite de l’expérimentation jusqu’à son terme. La limitation à 90 km/h devrait être maintenue après la fin de l’essai, le temps que les conclusions définitives soient rendues, afin d’éviter de modifier deux fois la réglementation.

Leur circulation sur la voie de gauche, pourtant interdite, est encore constatée dans 3 à 4 % des Surtout, les transporteurs étrangers, notamment originaires des pays d’Europe de l’Est, échappent largement aux amendes automatiques faute d’accords de recouvrement. Sur 6 853 véhicules étrangers verbalisés, 3 529 n’ont ainsi pas payé leur amende. En revanche, lorsqu’ils sont contrôlés directement, ils doivent s’acquitter immédiatement de la sanction.

Les échanges ont également mis en évidence que la réduction de la vitesse n’a, à ce stade, eu aucun effet notable sur le comportement des poids lourds. Plusieurs participants estiment que le principal enjeu demeure le transit des camions sur la RN10 et plaident pour les orienter davantage vers l’autoroute. Certains s’interrogent même sur le fait que le non-respect des limitations par les poids lourds puisse augmenter le différentiel de vitesse avec les véhicules légers, et donc leur exposition au risque. La préfecture préfère néanmoins attendre la fin de l’expérimentation avant d’en tirer des conclusions.

Enfin, plusieurs pistes d’amélioration ont été évoquées. La faiblesse des sanctions françaises a notamment été pointée du doigt : le dépassement interdit est sanctionné par une amende de 90 euros en France, contre environ 1 500 euros en Espagne, ce qui conduit certains transporteurs à préférer emprunter gratuitement la RN10 plutôt que l’autoroute. La nécessité de rendre effectif le paiement des amendes par les poids lourds étrangers, notamment ceux provenant des pays d’Europe de l’Est, a également été largement soulignée afin d’éviter une situation perçue comme une véritable zone de non-droit sur un axe traversant un secteur fortement peuplé.

Nous avons pour notre part évoqué les enjeux du fret. Car si les élus locaux cherchent légitimement une réponse rapide au problème des camions qui traversent Angoulême, il n’empêche que l’un des enjeux reste que les camions polluants et dangereux qui traversent la France se retrouvent plutôt sur les rails que sur la route.

Anthony Brondel

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