Le député René Pilato a exercé ce mardi 28 avril son droit de visite de la maison d’arrêt d’Angoulême. Malgré l’implication des agents et de la direction pour faire au mieux, nous y avons constaté un traitement inhumain et inacceptable des détenus. En cause, une dégradation des conditions d’incarcération liée à la surpopulation carcérale qui atteint à Angoulême aussi un niveau critique.

Retrouvez ici les images et le reportage vidéo de la Charente Libre
Des conditions honteuses, inhumaines et indignes
Selon les mots de son directeur, avec ses 54 cellules, la maison d’arrêt Angoulême dispose d’une ambiance « familiale » et « tranquille » comparée aux autres lieux de détention en France. Pourtant, ce que nous avons en rentrant dans les premières cellules nous a choqué.
Après une bonne heure d’échange avec le directeur, nous avons fait le tour de la maison d’arrêt. Nous avons commencé par les bureaux d’enregistrement où les futures détenus sont auditionnés, avant d’être fouillé à nu, puis nous sommes allés dans l’aile des hommes.
Arrivés dans la première cellule, sept détenus s’entassent dans un espace de 15m2, prévue pour quatre. Trois matelas sont posés contre le mûr. Salle sombre, moisissure au plafond, faible ventilation, fuite d’eau au dessus des WC… On est très loin des clichés stupides sur les soi-disant joies de la prison véhiculées par Cnews.
Le lieu est vétuste, lourd et pesant. Ici, pas d’« écran plat », mais une petite télé suspendue pas plus grande qu’un écran de PC de bureau. L’intimité n’existe pas. Seul un rideau de plastique sépare les toilettes de l’espace de vie. Les détenus, enchantés de recevoir de la visite, nous saluent, la mine cassée, le regard presque vide. La violence de leur condition d’incarcération se lit sur leurs visages. Nous la recevons en pleine face.
Nous arrivons dans la seconde cellule, plus petite et plus sombre encore. Deux matelas au sol, 5 détenus. L’un des détenus se confie. Il aurait souhaité pouvoir disposer « au moins d’un lit et d’un casier pour pouvoir ranger ses affaires ». Plus tôt, le directeur de la prison nous avait indiqué que « 70 détenus sur les 313 personnes écroués ne disposaient que d’un simple matelas, alors que les enjeux de dignité pour se reconstruire commencent par ce minimum. On gère de l’humain, pas des boîtes de conserve ».









Surpopulation et dégradation des conditions de détention
La maison d’arrêt d’Angoulême, comme tant d’autres en France, étouffe sous le poids des chiffres. Au 1er mars 2026, la France comptait 87 126 détenus soit environ 5 000 personnes supplémentaire par rapport à l’année précédente. La surpopulation carcérale du pays a progressé de +6,1 % en un an (chiffres du ministère de la Justice, 2025), et les établissements pénitentiaires français comptabilisent en moyenne 130 % de taux d’occupation, avec des pics pouvant dépasser les 200%, comme à Tours (240%).
À Angoulême, le taux d’occupation a bondi de 90 % en 2020 à 139 % aujourd’hui dans le quartier hommes. Le quartier des hommes compte 277 détenus pour 199 places. Les détenus saturent. Les bagarres de plus en plus fréquentes, trois rien que ce week-end. Les agents craignent avec l’été et la chaleur des émeutes ou des drames humains.
Chez les femmes, 15 détenues pour 11 places avec, là aussi, des matelas au sol. Seules les conditions des mineurs sont ici satisfaisantes, avec 8 jeunes pour 9 places.
Face à la surpopulation, les transferts de détenus, solution de dernier recours, ne suffisent pas : pour chaque départ, un nouvel arrivant comble la place libérée. Aujourd’hui avec 313 personnes écrouées hébergés, la maison d’arrêt d’Angoulême n’a jamais eu autant de personnes détenues.
Un manque de personnel qui met en danger les agents de la prion
Aussi la surpopulation suppose plus de personnels. Les entrées et sorties des cellules se multiplient. Les surveillants doivent en nombre en ouvrant une cellule qui compte le double de détenus. Le temps d’échange avec les détenus – essentiel pour détecter les signaux de détresse ou de radicalisation et dans la préparation à la réinsertion– se réduit comme peau de chagrin.
Aussi les conditions de travail changent. Le travail devient plus difficile, « moins humains », les agents sont de plus en plus sollicités, plus stressés et logiquement les arrêts-maladies se multiplient. En moyenne, à Angoulême, les agents effectuent 108 heures/trimestre d’heure supplémentaire. Cela revient à effectuer 1 semaine de travail en heure supplémentaire chaque mois. Ce n’est pas viable sur le long terme. Et encore, selon la direction, à Angoulême, les repos hebdomadaires pour les agents sont globalement respectés, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des centres de détention en France.
Toujours selon le directeur de la prison, à Angoulême le taux de couverture opérationnel réel est de 82 % et au moins 10 agents supplémentaires seraient nécessaires pour revenir à un service viable.
Une surpopulation aux conséquences catastrophiques
La déshumanisation des conditions de détention casse les individus au lieu de les préparer à leur retour dans la société. Or, la mission première de la prison n’est pas seulement de sanctionner, mais aussi de protéger la société en évitant la récidive. Dégrader les conditions d’incarcération sans se poser la question du devenir des détenus- comme le revendique avec démagogie l’extrême droite et une partie de la droite – revient à augmenter le niveau de violence à la sortie. C’est créer de l’insécurité.
Les chiffres sont implacables : 60 % des détenus sont en attente de jugement (source : administration pénitentiaire, 2025), et parmi les condamnés, près de 60 % récidivent dans les 5 ans suivant leur libération (étude du Sénat, 2024). Un taux qui s’explique en partie par le manque de moyen mis dans l’indispensable travail de réinsertion, impossible à mener dans des conditions aussi dégradées.
Si des actions sont actuellement mis en places pour limiter la surpopulation – bracelets électroniques, travail en coordination avec les procureurs pour réguler les incarcérations etc. – la crise structurelle des prisons suppose des moyens supplémentaires :
– pour améliorer les conditions de détention et préparer au mieux la réinsertion des détenus
– pour permettre des conditions de travail viables et protecteurs des agents pénitenciers
– pour accélérer le temps judiciaire, afin d’agir sur le nombre de détenus provisoires
Anthony BRONDEL
Pour aller plus loin :
– Notre proposition de loi visant à l’instauration d’un mécanisme de régulation carcérale et de prévention de la surpopulation pénitentiaire :
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b0431_proposition-loi
– Notre proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur le suicide, le risque suicidaire et les morts suspectes dans les établissements pénitentiaires :
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b1677_proposition-resolution
– Les propositions de la France Insoumise en matière de Justice et de politique carcérale :
https://programme.lafranceinsoumise.fr/livrets/justice/
















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