Agriculteurs, experts et élus ont débattu de la gestion de l’eau face au changement climatique. Entre enjeux techniques, stockage, irrigation et controverses politiques, la nécessité d’un équilibre entre agriculture et préservation des ressources a été soulignée.
La table ronde était organisée ce jeudi 20 mars à l’occasion de l’Assemblée générale d’Aquanide 16, une association d’agriculteurs irrigants du département.
Avant et pendant le débat, plusieurs intervenants ont évoqué les enjeux autour du lien agriculture et eau et leurs points de vue d’agriculteurs pratiquant l’irrigation.
Philippe Barneron (Aquanide 16) a introduit l’Assemblée générale en rappelant les conséquences politique et géopolitiques des mesures prises aux Etats-Unis par Trump, la guerre en Ukraine et la dissolution de Macron en juin dernier. Plus tard dans le débat, il a estimé que le temps des recours quant aux projets d’irrigation prenaient trop de temps et remettaient cause les projets mêmes. Selon lui, « il y a un avant et après Sivens / Sainte-Soline » et « il est important d’avoir un terrain apaisé des échanges et un débat politique autour des enjeux de l’eau et de l’irrigation », avec des étés de plus en plus durs, notamment pour ne pas tomber dans le sur-prélèvement. Il existe 28 retenues d’eau en Charente.
Un représentant d’Enedis, est également intervenu en rappelant les risques à se situer sous les lignes électriques, en recommandant de ne pas s’y trouver à moins de 5 mètres. En cas d’accident (électrisation), ne pas se rapprocher de la victime et alerter les secours (18 , 112) + Enedis (09726 750 + numéro du département). Un irrigant intervient sur la nécessité de faire un inventaire durant les étés avec forte chaleur pour limiter les accidents.
La société TPI (traitement Pompage Irrigation) intervient pour évoquer les enjeux de limiter les équipements énergivores et pour une gestion anti-gaspillage de l’apport de l’eau. Ainsi, selon l’intervenant 15 à 40% de l’énergie peut être économisée grâce à des bonnes stations de pompage. Il évoque aussi la possibilité d’utiliser la cartographie pour adapter l’irrigation en fonction des besoins et d’utiliser les sondes capacitives en lien avec les systèmes d’irrigation qui vont pouvoir agir si trop ou pas assez d’eau. Il existe aussi aujourd’hui des outils de télégestion connectés. Les canons peuvent être programmés pour éviter d’arroser en dehors de la parcelle ou pour contourner les obstacles, avec contrôle à distance etc.
Le système du goutte à goutte peut permettre jusqu’à -40% d’utilisation d’eau. Il peut être posé au sol ou enterré (40cm). L’enterrement est plus efficace, mais il peut exister des risques de tassement du goûteur lors des intempéries. Le goutte à goutte de surfaces peut aussi parfois être mis contribution des prédateurs comme les sangliers. Aussi, il ne serait pas toujours adapté à certaines cultures, là où l’aspersion de l’eau des plantes va créer un microclimat, qui va agir sur toute la plante.
Dans le monde, l’irrigation représente 20% de la SAU (Surface Agricole utilisée) pour 40% de la production alimentaire et 70% des prélèvements d’eau.
Selon Eric Fretillère (Irrigants de France), L’Espagne, l’Italie et le Portugal sont des sources d’intérêt pour la France du fait du changement climatique. Avec le changement climatique, en France, il y aura plus d’eau dans le nord et moins dans le sud. Plus d’eau en hiver, moins en été. Le président d’irrigant de France estime que « L’eau est un enjeu » et qu’ « il faudrait un secrétariat général à l’eau indépendant des ministères agricoles ou de l’environnement ».
Pour lui, « les agriculteurs seront les premières victimes du réchauffement climatique ». Ce qui pose pour lui la question du stockage, mais surtout de la protection de la ressource. Pour le Président des irrigants de France, il existe une différence entre les nappes libres et nappes profondes. Pomper dans les nappes libres n’est pour lui pas un problème, puisque ces eaux souterraines suivent les cours d’eau et se jette au final, comme les fleuves, dans la mer. Pour lui, avec le réchauffement climatique, il est difficile de se projeter a plus de 10-15 ans, du fait de l’évolution rapide des conséquences. Il donc important de mettre tout le monde autour de la table.
Sur les techniques d’irrigation, il indique qu’ « il y a eu des progrès, avec moins d’eau utilisé avec de meilleurs rendements », et « l’utilisation de l’IA va permettre de tout automatiser ».
Eric Fretillere indique aussi que l’intérêt général de l’agriculture est dans la loi eau, ce que les irrigants de France ont porté (application de la directive cadre sur l’eau de l’UE). Aujourd’hui, en France, la loi sur l’eau les priorités sont d’abord l’eau potable, puis l’eau des milieux naturels, puis l’industrie, l’agriculture se trouvant en 5ème position. Pour lui, il faut mettre l’agriculture au niveau des milieux naturels.
Pour le Sous-préfet Jean-Charles Jobart « la meilleure eau est celle que l’on économise ». Il a mis en avant les enjeux autour de la réutilisation de l’eau « On est aujourd’hui à moins de 1% en France. L’Etat s’est donné comme objectif 3% ». (Il y a en effet un enjeu autour de la réutilisation, l’eau est souvent pensée comme un stock, alors qu’il faudrait la regarder comme un flux, l’eau étant perdue que lorsqu’elle s’évapore ou au moment de rejoindre la mer).
Lors du débat étaient présents René Pilato et la députée EPR de la 2nde circonscription de Charente. La députée d’extrême droite de la 3ème circonscription n’était pas présente et s’est fait représentée par un attaché parlementaire.
Ce dernier a justifié l’impossibilité de la députée du RN d’être présente à cause d’une réunion de la commission défense. Surpris, puisque les commissions ne se réunissent traditionnellement pas le jeudi matin, nous avons vérifié les propos du collaborateur parlementaire auprès de nos collègues qui nous ont confirmé qu’il n’y avait pas de commission défense ce jeudi… Dans les débats l’attaché parlementaire du RN a ensuite défendu l’irrigation sans distinction (les enjeux environnementaux autour de l’eau ne sont pas pris en compte par le RN) et indiqué que plusieurs réglementations étaient d’origine européenne sans aucune précision pour enrichir le débat.
La députée EPR de la 2nde circonscription de Charente a rappelé que sur la façade ouest de la France, l’agriculture est diversifiée et les réserves d’eau ont toujours existé. Face à l’auditoire, elle a défendu qu’il y a trop de réglementations, que la Charente n’a pas les meilleures terres et que l’irrigation permet d‘améliorer les rendements. La députée EPR a indiqué avoir été choquée par le niveau de violence lors des manifestations à Sainte-Soline. Elle a invité les irrigants à lire les travaux de la commission d’enquête sur Sainte Soline : « Il y eu des violences et des choses inacceptables ». Répondant à l’attaché parlementaire RN, la députée EPR a dénoncé une surtransposition du droit européen – les DDADUE – oubliant au passage l’aval des gouvernements marconistes qu’elle a pourtant toujours soutenu.
René Pilato a rappelé qu’il a publié un rapport sur la gestion de l’eau pour les activités économiques en juin 2023 avec le député Patrice Perrot. Dans ce rapport, 80% des points de convergences. Il a insisté sur les pages 95 à 106 de son rapport concernant les choix d’irrigation.
Pour le député Insoumis, « l’irrigation oui, les retenues collinaires oui, mais pomper dans les nappes phréatiques (où l’eau est naturellement filtrée) non ». Il a posé la question sur la manière de stocker l’eau, en lien avec l’aménagement du territoire, notamment dans la gestion de l’écoulement des pluies pour éviter les inondations en aval.
« Copier le modèle irrigant espagnol n’est pas une solution ».
René Pilato a rappelé que des communes espagnoles, comme Barcelone, se font livrer par des tanker venant de Marseille de l’eau potable par des tankers venus de Marseille, du fait de la rareté de l’eau et des niveaux inquiétants des nappes phréatiques. Situation que connaîtra la France avec le changement climatique si la ressource n’est pas gérée autrement.
Durant le débat quelques irrigants ont mis en cause la possibilité même pour les associations de faire des recours contre certains projets d’irrigations, estimant que les recours et le temps de les traiter enterraient de fait les projets. En réaction, seuls le sous-préfet et René Pilato ont défendu le droit au recours et le droit à la Justice (article 13 de la DDHC). René Pilato : « On ne peut pas accepter l’arbitraire, il est essentiel de redonner les moyens à la justice de fonctionner pour réduire le temps des procédure, pas de remettre en cause le droit fondamental à la justice, constitutif de l’Etat de droit et garant de la démocratie » , avant de préciser «Imaginez que vous ayez une amende et que vous trouvez cela injuste, heureusement que vous avez le droit de la contester, tout comme si vous êtes condamnés en justice, le droit de faire appel de la décision est essentiel» .
Face aux questions, le député René Pilato a insisté sur l’importance de mettre les enjeux agricoles et d’alimentation de la population, dans le but de garantir la souveraineté alimentaire, au même niveau de priorité que les enjeux environnementaux : « Il faut trouver un point d’équilibre pour une irrigation qui permet d’avoir les rendements nécessaires à la souveraineté alimentaire, mais il ne s’agit pas de défendre une irrigation dont l’objectif serait la compétitivité pour soutenir une économie d’exportation sur les marchés internationaux ». Ce point d’équilibre c’est la règle verte (pour la nature) et la règle bleue (pour l’eau) « ne pas prendre plus à la terre de ce qu’elle est capable de reconstituer ».
René Pilato a également insisté sur la formation autour des enjeux de l’eau pour les élus et tous les acteurs et l’importance du rôle de la science et de la recherche, mais aussi d’avoir une vision globale en matière d’aménagement du territoire : « Par exemple les forêts ou les zones humides ont un impact sur les pluies dont sur la ressource en eau ».
Pour retrouver le rapport de René Pilato sur la gestion de l’eau :
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/rapports/cion-eco/l16b1455_rapport-information#
Plus d’informations sur les propositions de LFI en matière environnementales et sur l’eau :
https://programme.lafranceinsoumise.fr/livrets/planification-ecologique/
https://programme.lafranceinsoumise.fr/livrets/eau-bien-commun/
Plus d’informations sur les propositions de LFI en matière d’agriculture :
https://programme.lafranceinsoumise.fr/livrets/agriculture-et-alimentation/
Anthony Brondel

















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