Ce vendredi 31 janvier nous avons assisté à la conférence organisée par Médecins du Monde au CIJ d’Angoulême sur les salles de consommation à moindre risque (SCMR). L’échange, animé par Amélie Trimoulet, coordinatrice générale de la délégation Poitou-Charentes de Médecins du Monde, s’est déroulé en présence de Mat LET, auteur de « À Moindre Risques – Immersion en salle de conso », et de Céline Debaulieu, référente technique et plaidoyer Réduction des Risques à Médecins du Monde.




- En France, il existe actuellement deux SCMR : une à Paris et une à Strasbourg, ouvertes en 2016 dans le cadre d’une expérimentation prolongée jusqu’à fin 2025. Ces espaces permettent aux usagers de consommer leurs propres substances dans un cadre sécurisé, avec du matériel stérile et sous supervision médicale. L’objectif est de réduire les risques sanitaires (overdoses, transmissions de maladies) et d’accompagner les usagers vers un meilleur état de santé.
- Seuls 10 % des consommateurs fréquentent ces salles, les autres gérant leur consommation par eux-mêmes. Avant la crise sanitaire, la salle de Paris accueillait 300 à 400 personnes par jour (pour seulement 15 places), mais la fréquentation a baissé depuis le Covid, avec désormais 200 à 300 passages quotidiens. Les SCMR fournissent le matériel nécessaire, mais pas les substances : chaque usager vient avec son produit, dont une grande partie sont des médicaments amenés à être broyés. À Paris, entre 500 et 1 000 personnes consomment du crack sans encadrement ni sécurité.
- Les SCMR proposent aussi un espace de repos, le nom à l’origine devait être de « convivialité », mais cette idée a suscité des réticences de la part des financeurs. Ces salles sont encadrées par une quarantaine de professionnels : infirmiers, travailleurs sociaux, médecins, psychiatres et médiateurs, qui assurent écoute et accompagnement. Les évaluations de l’Inserm et de l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) montrent que ces dispositifs ont des effets bénéfiques, tant pour les usagers que pour la société, en réduisant les nuisances publiques et les situations d’urgence sanitaire.
- Mat Let a partagé son expérience immersive dans la salle de Paris, où il a observé et dessiné les usagers, à leur demande, pour mieux comprendre leur quotidien et leurs motivations. Il a aussi exploré les réalités de la consommation en dehors de ces structures, soulignant les difficultés liées à la précarité et à l’exclusion.

- Les premières SCMR ont été créées en 1986 à Berne, en Suisse, et se sont depuis développées dans plusieurs pays européens. Réduire les risques, c’est d’abord reconnaître la réalité des consommations de substances psychoactives et agir pour préserver la vie et la santé des usagers. C’est refuser de détourner le regard et se poser les vraies questions : comment, en tant que société, accompagnons-nous ces usages ? Comment concilier prévention, accompagnement et réduction des risques pour tous ? Que la consommation soit motivée par la recherche de plaisir, la précarité sociale ou d’autres raisons personnelles, il est essentiel d’y apporter des réponses humaines et adaptées, plutôt que de laisser ces personnes dans l’ombre ou face à une répression inefficace.















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