Quinze ans après la grande grève de 2009 contre la vie chère dans les Antilles, nos compatriotes ultramarins de Martinique sont actuellement confrontés à une crise sévère de la vie chère exacerbée par des niveaux d’inflation sans précédent. Malgré une loi en 2013 qui devait réduire les écarts de prix entre la Martinique et l’Hexagone, rien ne s’est arrangé et la situation est même pire qu’avant.
En ce mois de Septembre, après des mois de hausse record des prix, des manifestations monstres se sont déroulées partout en Martinique.
Une situation qui n’est pas nouvelle et qui est due notamment à un système de domination et d’accaparement des richesses hérité du système colonial.
Une crise du pouvoir d’achat
Comme en France, la Martinique a subi l’inflation mais de manière démultipliée. Il est important de rappeler qu’en Martinique 90% des produits qui sont consommés sont importés, avec des intermédiaires qui se gavent à chaque étape intermédiaire. Résultat : le coût de l’alimentation en Martinique dépasse celui de l’hexagone de plus de 40% selon l’INSEE.
Parmi les produits les plus impactés par ces hausses de prix, on peut évoquer les produits de première nécessité, comme la nourriture, l’hygiène mais aussi l’eau. L’eau dont la qualité n’est pas bonne et qui a été polluée au Chlordécone.
Un pack d’eau à 7,45€ au lieu de 2,47€, du pain de mie à 11,45€ au lieu de 1,45€, du papier toilette à 12 euros, le paquet de 500 g de fromage râpé à 6,19 euros, le paquet de mâche à 4,99 euros, voici un panel des prix mirobolants qui s’affichent tous les jours sur tous les tickets de caisse des Martiniquais.
Pour vous rendre compte de la situation explosive, vous pouvez vous rendre sur le site internet https://kiprix.com/ , qui compare les prix des produits de bases de la Martinique avec ceux de la France hexagonale.
La répression comme réponse politique
Plutôt que d’agir efficacement pour baisser les prix en limitant les marges, comme l’a proposé la France insoumise dans une proposition de loi le 17 Octobre 2023, le gouvernement décide de réprimer la population.
Le préfet de Martinique a décidé d’interdire toute manifestation, de mettre un couvre-feu depuis le 18 septembre et d’envoyer les CRS dans certaine zone de l’île. Pour rappel, la dernière fois que des CRS ont été envoyés en Martinique, c’était lors des grandes émeutes populaires de 1959 et trois jeunes Martiniquais avaient été tués.
La situation est d’autant plus explosive qu’en Martinique le taux de pauvreté est de 27,4% (contre 13,6% en France).
Un système d’accaparement des richesses par les « békés »
Les Békés, descendants des colons esclavagistes, ont gardé la mainmise sur l’économie de l’île. Ils contrôlent la production, la distribution et les circuits d’importation et bénéficient de relais puissants au cœur de l’Etat. Les monopoles et oligopoles des békés conduisent à des prix de ventes disproportionnés et complétement injustifiables, qui ne sont pas fondés sur les coûts de production.
Un reportage du journaliste Romain Bolzinger en 2008 décrivait ce système de domination colonial et raciste qui ne devrait pas avoir sa place dans la République Française. Dans ce reportage, on y retrouve Jean-Michel Barnier, l’actuel premier ministre, qui avait accepté alors qu’il était à la tête du ministère de l’agriculture, l’organisation d’une réunion avec les pays producteurs de bananes, à l’initiative des békés propriétaires de bananeraies, puis avait défendu leur position auprès de la Commission Européenne.
Je vous invite à visionner ce reportage
Les derniers maîtres de la Martinique ?
L’une des plus importantes familles békée est la famille Hayot.
Yves Hayot était l’ancien directeur général de l’entreprise Laguarigue qui a notamment commercialisé le Chlordécone, un pesticide utilisé dans les bananeraies à l’origine d’un scandale et d’un empoisonnement généralisé sur l’île. La Martinique détient le « record » du monde de cancer de la prostate.
Son frère Bernard Hayot, est la première fortune des Antilles françaises et était classé à la 275ème place des fortunes françaises en 2020. Il a été élevé le 3 juillet 2024, « à la dignité de grand officier de l’ordre nationale de la Légion d’Honneur »
A la tête du groupe éponyme GBH, premier employeur de l’île, il détient les enseignes Carrefour, Mr.Bricolage, Renault (véhicules et pièces automobiles), Nissan, Europcar, Hertz, Michelin, Decathlon, Gamm Vert, Somarec, les marques de Rhum Clément et J.M. etc. dans des positions de quasi-monopole.
En réprimant le mouvement social martiniquais contre la vie chère, plutôt que d’encadrer les marges, ce sont les intérêts des békés que le gouvernement protège plutôt que ceux de la population.
Anthony Brondel
















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